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jeudi, 05 juillet 2018 14:52

TOGO: ATTENTION À UN PIÈGE D'EMMANUEL MACRON, DE L'UNION AFRICAINE ET DU SYNDICAT DES PRÉSIDENTS DE LA CEDEAO Featured

Written by Anani Sossou
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S'exprimant en marge d'une visite officielle au Nigéria le géant de l'Afrique de l'ouest, le président français Emmanuel Macron s'est une nouvelle fois exprimé sur la crise politique qui perdure au Togo.

Tout en désengageant son pays du premier rôle à jouer dans la résolution de cette crise, il apporte néanmoins le soutien de la puissance coloniale aux solutions qui doivent être trouvées par les Africains eux-mêmes à travers l'Union africaine et la Communauté des États de l'Afrique de l'Ouest la CEDEAO.

Il apparaît clairement dans cette nième sortie de monsieur Macron que son pays s'alignerait sur les solutions portées par les dirigeants africains. La France n'étant jamais loin pour cautionner en sous mains des solutions qui rentrent dans le cadre de ses intérêts et à imposer ses volontés à ses sous-préfets en Afrique, le pire est à craindre que des solutions à minima ne soient apportées dans un pays où le mot d'ordre demeure le départ pur et simple du pouvoir du locataire du palais de la Marina.

Or l'évidence saute aux yeux que le syndicat des présidents ouest-africains qui a contribué à porter au pouvoir en 2005, après le massacre dans le sang de 400 à 500 Togolais selon un rapport de l'ONU, l'actuel Chef de l'État togolais Faure Gnassingbé qui boucle en 2020 son troisième mandat, que ce syndicat ne pourra certainement pas demander (selon plusieurs sources fiables) à leur homologue de vider le plancher après les réformes politiques qui limiteraient le mandat présidentiel à deux quinquennats.

L'entrée du Togo dans une nouvelle République signifie pour les caciques au pouvoir à Lomé la mise des compteurs à zéro, c'est-à-dire que chaque Togolais remplissant les conditions d'éligibilité peut se porter candidat à la présidence de la République. Ce qui est loin des souhaits de la grande frange des Togolais en ce qui concerne Faure Gnassingbé.

Emmanuel Macron ne mâche pas non plus ses mots en souhaitant que le Nigéria qui entre en période électorale, joue un rôle prépondérant dans la résolution de la crise électorale.

Si plusieurs sources attestent du "soutien" de Buhari au désir d'alternance politique des Togolais, il n'en demeure pas vrai que le géant de la sous-région peut, au sortir des urnes, désigner un autre candidat à sa tête. Se pose alors la question de savoir si le nouvel homme fort qui sera élu - à moins que l'actuel soit reconduit dans ses fonctions - sera dans les mêmes prédispositions que son précédent.

Une certitude cependant, la crise politique au Togo ne laisse pas indifférent le président français qui ne râte aucune occasion pour en parler. La certitude demeure également qu'une solution semble difficile à trouver pour la CEDEAO si on se réfère aux dernières déclarations de l'un des médiateurs Alpha Condé qui n'a pas hésité à dire publiquement que les "positions du gouvernement et celles de l'opposition sont trop éloignées".

L'espace communautaire dont les Chefs d'États se réuniront à Lomé justement le 31 juillet prochain, sera dans le cas d'un non compromis, contraint de soumettre des recommandations à chaque partie et selon toute vraisemblance, ces solutions inviteront les Togolais à trancher leurs différends à travers les urnes.

Reste à savoir dans quelles conditions ces populations qui sont assujetties à 51 ans de dictature iront aux urnes sachant qu'elles ont été plus que souvent à la base des récurrentes crises politiques traversées par le pays.

Pour éviter tous pièges surtout venant du syndicat des présidents ouest-africains chapeautés par l'Union africaine et parrainés par la France, une vigilance du peuple togolais est demandée et recommandée. Il a seul le pouvoir de guider son destin et de le prendre en mains. Même si les efforts des uns et des autres sont à acceptés rien ne prédispose les Togolais à baisser la garde.

Je vous propose en intégralité la sortie de Macron au micro de RFI.

"Pour moi la stratégie de la France est la même, d'accompagner l'union africaine et les leaders régionaux dans la solution de cette crise. Je me suis à plusieurs reprises expliqué, j'ai eu des échanges, moi je souhaite que les dirigeants africains puissent réussir la médiation qui est en cours et arriver à des résultats concrets.

Je pense que le statu quo n'est pas possible pour le Togo. Mais il n'appartient pas à la France d'expliquer quelle est la solution politique pour le Togo.

Le président Nana Akufo fait un gros travail de médiation c'est lui qui a aujourd'hui le leader de cette négociation pour le compte de l'union africaine.

Le président Buhari entre en période électorale bientôt et je pense que le Nigéria aura après cette période électorale, un rôle important à jouer pour aider à la solution de cette crise.

La France viendra en tout cas en soutien de ces solutions portées par les États africains et l'Union africaine".

Anani Sossou

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