|
 Généralement, ceux qui rentrent d’exil sont accueillis à bras ouverts dans leur pays. On se rappelle par exemple le come back d’Ange-Félix Patassé en Centrafrique ou de Gounkouni Weddeye au Tchad. Mais il arrive que des retours d’exil, plutôt que de susciter de la joie, des étreintes et des embrassades, provoquent de la peur.
C’est le cas de l’ancien chef de la marine de Guinée Bissau, l’amiral José Américo Bubo Na Tchute, qui est rentré chez lui le 28 décembre dernier en provenance de la Gambie où il s’était réfugié en novembre 2008. Assurément, il n’est pas le bienvenu chez lui. D’abord, son retour n’a pas été préparé comme c’est généralement le cas dans ce genre de situation. La preuve : il est revenu clandestinement à bord d’une pirogue comme d’ailleurs il était parti.
Ensuite, aussitôt arrivé, il s’est réfugié dans les locaux du bureau de l’ONU à Bissau et a sollicité la protection onusienne. Enfin, le gouvernement a convoqué un conseil de ministres extraordinaire pour statuer sur le cas "Bubo" (accusé d’"attentat contre le chef d’état-major des forces armées, le général Batista Tagmé Na Waie, tué en mars 2009 dans un attentat à la bombe"), de "changement de l’Etat de droit par un coup d’Etat militaire" et de "désertion de l’armée".
Tout cela est bien lourd pour celui dont on s’interroge aujourd’hui sur le comportement. Pourquoi est-il rentré sans négocier aucune garantie ? La nostalgie de son pays était-elle si forte qu’il se résolût à se jeter dans la "gueule" de l’incertitude ? Ce sont, en tout cas, des questions que l’on se pose d’autant que les charges pesant sur lui n’ont pas été abandonnées et que, pour cela, il est recherché par la justice de son pays.
A moins qu’il soit devenu encombrant pour la Gambie qui, sans doute par souci de préserver des relations de bon voisinage avec son presque voisin bissau-guinéen, l’a poussé à la sortie. A cette fin, l’amiral peut avoir été discrètement expulsé. Restait alors pour lui à se trouver un point de chute qui ne sera finalement que... le bercail.
Si l’ancien patron de la marine est rentré malgré tout, nul doute qu’il a évalué tous les risques possibles. Il n’a certainement pas manqué de mettre dans la balance l’élection du nouveau président, Malam Bacai Sanha, qui a ouvert une nouvelle ère d’espoir dans cette ancienne colonie portugaise à l’histoire politique mouvementée. Avec les nouvelles autorités, il peut espérer bénéficier, à défaut d’une clémence, d’un procès équitable au cours duquel il se défendrait des accusations qui pèsent sur lui.
Mais visiblement, il s’est trompé dans son analyse de la nouvelle situation au regard du remue-ménage consécutif à son retour. Il a réalisé qu’il est toujours wanted, qu’il n’a pas pu se faire oublier après une année d’éclipse. Un temps visiblement trop bref pour que le double assassinat du chef d’état-major de l’Armée et du chef de l’Etat soit totalement effacé.
Mais il n’est pas certain que tout le monde veuille vraiment de son jugement qui pourrait avoir l’effet d’une bombe. En tous les cas, conscient du climat d’ensemble qui lui est hostile, l’amiral de 67 ans a préféré se réfugier au bureau onusien et négocier.
|