jeudi, 12 février 2015 18:00

Le billet de Pierre S. Adjété: Un Togo toujours insoumis Featured

Written by Pierre S. Adjété
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Nul ne perd en luttant pour la démocratie. Au Togo, désormais, il faut choisir clairement : ne rien faire ou être libre. Ne rien faire parce que l’on craint des critiques, des erreurs et des surenchères jusque dans ses propres rangs ou agir.

Agir résolument pour affronter et contrer l’inhumanité de la dénégation qui toujours persiste, enserre et étouffe littéralement tout un peuple en le privant de son légitime besoin d’exister et de vivre en démocratie. C’est en ce seul nom, démocratie, qu’il faut mener et continuer ce qui est plus qu’un combat, un devoir de changement du régime politique qui sévit au Togo. Les Togolais ne peuvent aucunement renoncer à la démocratie, à leur vote et à leur dignité.

À toutes les occasions politiques qui auraient pu être des opportunités d’ouverture et de rapprochement, le Togo se durcit. Les dirigeants politiques au pouvoir se raidissent, s’arroganisent et se détachent de leur peuple, croyant faire mal à l’opposition politique qu’ils sont d’ailleurs prêts à ridiculiser. Entendu que les élections sont toujours frauduleuses au Togo, faute de réformes et d’accès libre au fichier électoral par les « partis politiques légalement constitués » –tout autant que l’accès est accordé, librement et dans la même légalité, au« ministère chargé de l’administration territoriale » selon la même disposition du Code électoral. Ce qui se passe au Togo fait horreur en si grand jour du XXIe siècle. Les dirigeants, et les obligés, et les sous-traitants, tous entrelacés autour du pouvoir présidentiel,n’ont même plus la conscience de leur forfait.

Ayant longtemps résisté par le silence et la dérision, le peuple togolais doit redire, à haute voix désormais, sa plaidoirie pour la démocratie en réclamant des élections transparentes.Comme un monstre difforme, le coup d’État permanent commencé un 5 février 2005 semble toujours se nourrir de toutes les lois constitutionnelles et électorales, avaler tous les accords politiques, dévorer tous les autres projets de lois sur les réformes à saveur démocratique, engloutir toutes les libertés, ingurgiter tous les engagements, attaquer toutes les dignités, broyer toutes les résistances, corrompre toutes les endurances, s’applaudir sur les joues des citoyens, roter bruyamment et rester toujours insatiable pour vouloir répéter le tout.

Aucune échappatoire légale ne peut invalider l’alternance démocratique

En président vaincu à toutes les occasions électorales, et ne réussissant jamais à légitimer un pouvoir arraché d’office militaire, Faure Gnassingbé a gouverné bredouille. C’est bien pour cela qu’il force à vouloir recommencer, de nouvelles années durant; réessayer encore envers et contre toutes les volontés populaires ainsi que les préoccupations clairement répétées par le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, au vingt-quatrième Sommet de l’Union africaine, le 30 janvier 2015 à Addis-Abeba en Éthiopie. Le Togo y était et écoutait la complainte démocratique moderne des peuples, véhiculée cette fois-là par la personne la plus indiquée pour parler en leur nom et en celui des Togolaises et des Togolais :
« À travers le monde entier, les peuples ont exprimé leur inquiétude quant aux dirigeants qui refusent de quitter leurfonctionà la fin de leur mandat. Je partage ces préoccupations. Des changements constitutionnels antidémocratiques etdes échappatoires légales ne doivent jamais être utilisés pour s’accrocher au pouvoir. J’exhorte tous les dirigeants, en Afrique et dans le monde entier, écouter vos peuples. Des dirigeants modernes ne peuvent pas se permettre d'ignorer les souhaits et les aspirations de ceux-làmêmes qu'ils représentent ».

[People around the world have expressed their concern about leaders who refuse to leave office when their terms end.I share those concerns.Undemocratic constitutional changes and legal loopholes should never be used to cling to power.I urge all leaders, in Africa and around the world, to listen to your people.Modern leaders cannot afford to ignore the wishes and aspirations of those they represent.]

Davantage que les vides juridiques, toutes les échappatoires, excuses, allégationset artifices légalistes sont débusquées pour qu’elles ne servent plus de prétextes à la confiscation du pouvoir. Aller aussi loin à ce niveau de la diplomatie internationale, et devant des chefs d’Étateux-mêmes, ne laisse plus d’équivoque sur l’urgence d’agir pour basculer dans la démocratie et l’écoute des peuples. Mais encore! Il s’en trouve dans le sérail présidentiel togolais pour prétendre que tout cela ne s’adresse et ne concerne guère leur pays qui, semble-t-il, ne connait aucun problème démocratique. Un jour indéterminé, rassure-t-on autour du chef de l’État togolais, Faure Gnassingbé quitterait le pouvoirde son plein gré seulement, et surtout pas en réponse aux inquiétudes relayées par Ban Ki-moon. Lescitoyens togolais ont juste à attendre, dociles et soumis au désir du prince.

Au Togo, tout est toujours maintenu dans une réalité ambigüe. Aucune occasion ne peut constituer une opportunité rêvée par le système quinquagénaire pour se sortir d’affaire par le haut, et avec un soupçon d’honneur pouvant mener vers une acceptabilité sociale élargie du régime. En attente de démocratie, au départ, le peuple togolais est désormais un peuple-martyr supplicié par une clique sectaire sans nom qui déroule un long film d’inaction : le « Miracle des loups » ne s’est jamais produit au Togo et, à part le « Coup de sirocco », le « Grand Pardon » attend toujours. C’est bien ce qui justifie encore et davantage la déconsidération d’un système, la honte d’une incapacité, l’abîme d’une désespérance, l’aveu d’une impuissance à moderniser courageusement son pays.

La démocratie libère les naufrageurs avant le peuple naufragé

Alors que tout le Togo peut changer en un tour décourage, la volonté d’une République nouvelle échappe encore à Faure Gnassingbé, éloignant chaque jour davantage son propre salut ainsi que la réconciliation de son peuple. Seuls profitent d’une telle situation, ces conseillers mercenaires apatrides qui n’auraient de compte à rendre qu’au solde de leur relevé bancaire. Que de ténèbres et de vacherie au moment même où tout le Togo attend une véritable lunaison d’audace.

L’adhésion à une nouvelle République demeure un incontournable pour chaque Togolaise et Togolais. La bataille électorale de cette année 2015 fait partie de la longue guerre démocratique qui ne cessera qu’après la reconquête de tous les espaces de dignité toujours confisqués, ainsi que la ruine de toutes ces ambitions disproportionnées et accablantes. L’expérience des peuples le prouve à merveille : nul ne perd en luttant pour la démocratie. Toutes ces éphémères victoires, oppressives du peuple togolais, n’équivalent nullement la fatale apothéose démocratique qui libérera avant tout les fossoyeurs pris au piège de leur malfaisance répétitive.

Les années qui viennent sont celles d’une démocratie annoncée au Togo. Mais avant, l’insoumission se poursuit, la révolte devant l’inacceptable continue, les revendications pour des reformes longtemps convenues tiennent la route, et le piège du boycott électoral est à éviter. Les Togolaises et les Togolais ne peuvent se permettre de renoncer à la démocratie puisque l’épicentre de cette lutte se situe en chaque personne par le vote et par l’exigence de transparence.Et, tant que la démocratie ne sera établie au Togo, tant que cette affreuse bataille de corps à corps ne sera conclue, tant que cette lutte de frère à frère ne sera achevée, c’est le devoir de chacun d’être fidèle à l’insoumission devant l’imposture persistante. Vaille que vaille. Puisque le peuple togolais ne supporte plus que les démocrates manquent, aussi fréquemment, à leur devoir de reconquérir la République trop longtemps abandonnée dans des mains disgracieuses.

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