lundi, 20 avril 2015 19:00

Chronique de Kodjo Epou : Les douze lettres de David au premier Apôtre du Prince des ténèbres “Pour que dorme Anselme”   Featured

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Un régime qui tue son peuple ne peut en aucun cas recevoir l’onction de celui-ci dans les urnes. Impossible pour lui de tirer sa légitimité d’un peuple qui l’a en horreur, ce régime est contraint de ne vivre que de violence et de  sang, avant de se rendre de lui-même, un jour, au sort qui est le sien. Très souvent, dans le sang. Pour que dorment en paix Sinandaré et tous ceux qui, avant lui, ont péri, fauchés par les balles du clan, il s’impose un devoir de Vérité et de Justice. D’outre-tombe, le cri d’Anselme est parvenu à David Kpelly.  Il l’a consigné dans un livre, « pour que dorme Anselme » révélateur d’un malaise national : assez de cadavres, assez de meurtres impunis, assez de desseins sataniques !

 

Tout pouvoir qui veut assurer sa survie par les urnes met tout en oeuvre pour charmer les esprits et gagner les coeurs. Chez le clan Gnassingbé, c’est tout à fait le contraire. On va faire campagne sans se préoccuper de soigner ses myriades de casseroles. Et pour cause! L’élection, au Togo, n’est qu’une abominable fiction qui laisse croire que notre peuple, au lieu de sanctionner les maîtres de leurs enfers, les honore en plébiscitant leur ténébreux royaume. Que dalle! Le système RPT/UNIR est bel et bien  rejeté. Trop d’Anselme Sinandaré, trop d’Etienne Yakanou, trop d’Atsutsè Agbobli pour que ce pouvoir sorte victorieux des urnes. L’histoire tragique du jeune élève de Dapaong, Anselme Sinandaré, 12 ans, n’est pas de la catégorie qui fait gagner un pouvoir en popularité. Et quand un premier ministre sans réelle autorité est allé faire de vaines promesses d’enquête sur les médias étrangers, c’est de la voyoucratie. Il est impérieux qu’un Togolais, au nom de tous, ait le courage de dire à cet apôtre de Lucifer, de la façon la plus drue possible, qu’il n’est qu’un laid monstre humain, griffu, à la figure terrifiante, qui prend des apparences séduisantes.

 

C’est un véritable travail de témoignage qu’a fait David Kpelly qui s’insurge contre la banalisation de la vie humaine au Togo, contre la profanation du jeune martyr de Dapaong, pour que dorme Anselme et, pour que ne soit jamais effacé de nos mémoires l’acte sadique d’un assassin sauvage. Le mensonge grossier d’un officiel qui a manqué l’occasion de se faire petit et discret a donc capturé la plume de David Kpelly. Douze lettres ouvertes compilées dans un livre: Pour que dorme Anselme”, le symbole est bien choisi pour magnifier l’âme de nos disparus, connus comme inconnus, illustres et moins illustres, afin que ne s’éteigne jamais la lumière sur le visage hideux d’un régime qui – phénomène totalement singulier dans la sous-région ouest-africaine – vit et se nourrit du sang de paisibles citoyens.

 

Pour que dorme Anselme se veut un cri de révolte devant un crime odieux. Il est surtout une incitation à la manifestation de la vérité que le pouvoir, comme de coutume, cache toujours au public. Ce n’est que quand le bourreau, un gendarme mal formé en mission de la mort, sera puni de son lâche crime que les rancœurs, de Dapaong à Lomé, vont baisser dans les cœurs meurtris des parents de la victime qui pourront organiser dignement le deuil d’un fils froidement cueilli aux portes de l’adolescence. Peut-on avoir tort de dire que sous le régime RPT/UNIR tous les élèves du Togo sont des Sinandaré en sursis ? L’auteur rappelle d’ailleurs au Premier ministre que dans nos coutumes éwés, on ne ment pas sur un mort, sinon le fantôme de ce dernier poursuit le menteur. Il avait donc intérêt à faire les enquêtes qu’il a promises. Lorsqu’un des plus grands drames de l’immigration s’était produit à Lampedusa, David a, de fort belle manière, comparé le Togo à cette île, demandant au Premier ministre de dire la différence qui existe entre Lampedusa où les gens meurent les yeux rivés sur un point d’espoir, l’Occident, et le Togo où les gens meurent également en grand nombre dans d’atroces souffrances provoquées par son régime.

 

 Ahumey-Zunu avait dû certainement sentir la pertinence des lettres de David Kpelly quand il a été lui-même cloué sur un lit d’hôpital à Paris où il avait été précipitamment transféré à cause d’une maladie. La mort était à la porte du premier ministre, avaient dit des témoins. Une occasion pour l’auteur de vitrioler, par l’ironie, le premier ministre indélicat : « Vous avez, donc, Monsieur le Premier ministre, eu peur de mourir. N’est-ce pas ? Vos proches aussi. Et sur votre lit de malade actuellement, vous expérimentez cette angoisse que l’on ressent devant la mort quand on s’en approche. Vous voyez, dans tous ces yeux qui vous entourent, la peur de perdre un être proche, cher. Et vous pouvez facilement imaginer, juste imaginer leur réaction, leur douleur, leur enfer, s’il arrivait, oui, s’il arrivait qu’on vienne leur dire… qu’on vienne leur dire ce qu’on est parti dire aux parents, aux amis, aux proches d’Anselme Sinandaré ce 15 avril 2013, après qu’une de ces bêtes féroces que vous formez au Togo a ajusté son fusil et l’a abattu».

 

Aucun discours du « Premier Apôtre de Lucifer » ne pouvait échapper à la plume de David dans ses douze lettres. Et lorsque l’ancien farouche opposant du régime devenu un zélé apôtre du même système annonça la célébration du 13 janvier 2014 qu’il avait voulu sous le signe de la réconciliation nationale, l’écrivain togolais de Bamako ne l’a pas du tout raté : « Je fais comprendre au Premier ministre que ce n’est pas cette fête ringarde qui n’a jamais intéressé personne qui réconciliera les Togo, mais plutôt une bonne gouvernance, commençant par le châtiment des tueurs et la lutte contre l’impunité ».balles perdues et aux « déjà frappé ».

 

Un compatriote habitué des milieux des lettres, Mr Mawuli Affognon, a lu le livre. Sa réaction, de qualité indubitable, vante la portée historique de “pour que dorme Anselme” qu’avec aise il commente en des termes touchants: « Ce livre est le témoin de l’histoire d’un peuple en marche, un peuple blessé qui avance sur les sentiers de la vie. Coincés entre les maîtres d’hier et les chasseurs d'aujourd’hui, la plèbe espère face aux vagues déchaînées, aux... balles perdues et aux « déjà frappé ».balles perdues et aux “déjà frappé” ... ».Grâce aux écrits, lcomprendre que nous n’avons pas été tous complices d’un silence assassiles générations futures comprendront que nous n’avons pas tous été complices de l’assassinat d’un pan entier de notre peuple par un silence coupable.

 

Après ce sang gratuit à Dapaong, après les larmes et les soupirs outre-tombe d’un enfant de douze ans, après les douze lettres de David et les lamentations des ONG, rien. Toujours rien. Et pourtant, l’ancien défenseur des droits de l’homme, Ahumey-Zunu, ne peut pas prononcer un seul discours sans évoquer  « justice, paix, droits humains, réconciliation nationale… ». De quel droit humain parle l’opportuniste Premier ministre ? Il ne nous reste, nous le peuple, qu’à tirer la conclusion qui s’impose : les mots d’Arthème Kwesi Séléagodji AHOOMEY-ZUNU sont des mots d’un officiel sans états d’âme. Rien que des mots pour des maux. Cela a un prix !

 

Kodjo Epou

Washington DC

USA

 

 

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