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mardi, 08 septembre 2015 19:00

L’armée togolaise est-elle condamnée à servir servilement et éternellement la dictature et ses forfaitures au Togo ? Featured

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 Editorial de Fenêtre sur l’Afrique du 05 septembre 2015 sur radio Kanal K en Suisse.

Peindre ici l’état de service de l’armée togolaise ne ferait que raviver déception, colère, rancœur et désespoir. Tellement la mission et la raison d’être originelle de cette institution sont galvaudées, tronquées et surtout souillés d’une quantité incommensurable de sang d’innocents citoyens bassement versée.

A quand un sursaut républicain de l’armée togolaise ? Jusqu’à quand les paisibles citoyens togolais espèreront un acte digne d’une grande muette républicaine ? N’y aurait-il que des ennemis de la République au sein de cette armée ? Le respect du moindre principe sous-tendant son existence relèverait-il à jamais de l’impossible ? Bien malin qui résoudrait ces interrogations.
Néanmoins, il nous semble capital de se frotter à la problématique de la place et de la conduite de cette armée. Depuis 1963, plus précisément le 13 janvier, l’armée togolaise semble avoir vendu son âme au diable et, dans la foulée, la destinée de la jeune nation naissante, le Togo. Depuis lors jusqu’à ce jour, en passant par les conséquences gravissimes du coup de force électoral d’avril 2005, cette armée a été de tous les coups foireux, tordus et préjudiciables à la bonne marche du Togo. Pays ayant vocation à être ou devenir « l’or de l’humanité », le pauvre Togo est devenu la risée sous-régionale, voire du monde par la seule volonté de son armée.
En l’état, l’armée togolaise ne peut être républicaine. Ceci pour deux principales raisons.

La première est qu’elle est tribale, car constituée de plus de 90% d’éléments originaires de la même région, le nord du pays. Ces chiffres nous paraissent plus réalistes que les 76% plus ou moins officiellement diffusés. N’empêche, même si nous nous référons aux 76%, c’est tout aussi ahurissant. Parmi ces 76% originaires du nord, plus de 70% viennent de kara (donc Kabyè), préfecture d’origine de feu Eyadéma, bâtisseur de ladite armée. Enfin, les seuls originaires de Pya, village natal de feu Eyadéma, représentent environ plus de 45% des 76% de Kabyè.

Secundo, la formation et la mission de l’armée sont orientées vers l’intérieur, c’est-à-dire au maintien en respect des citoyens, au lieu de leur assurer à eux ainsi qu’à leurs biens la sécurité et les préserver contre tout danger venant de l’extérieur. On assiste donc à l’existence d’une armée éminemment conçue et programmée à n’assurer que le dessein particulier d’un seul individu. Et cela passe par la nécessité de terroriser et de mater au besoin le peuple pour prévenir et tuer tout esprit épris de liberté dans l’œuf. En lieu et place de la défense de l’intégrité territoriale nationale, cette armée s’est plutôt spécialisée à maltraiter et martyriser la population. Il faut aussi dire que, et les moyens (financiers et matériels) et la terreur interne sont minutieusement organisés pour faire de cette armée la machine à broyer sa propre population qu’elle est devenue. Les hauts gradés, qui doivent leurs statuts au seul fait et au bon vouloir du prince, sont les concepteurs et ordonnateurs des crimes institutionnalisés contre les populations et donc contre la nation. Sylvanus Olympio, Tavio Amorin, Marc Atidépé, le Général Tépé, ect., voilà des noms dont la seule évocation nous renvoie à la monstruosité de notre armée. Nous vous épargnons la période sanglante et insupportable d’avril 2005.

Depuis des décennies, du père au fils, on nous a servi, jusqu’à en avoir l’overdose, cette rengaine de « réconciliation armée-nation ». Seulement les faits sont réputés têtus. Aucun militaire criminel – pourtant il y en a de connus et de confondus par de nombreuses enquêtes nationales et internationales – n’a fait l’objet de la moindre poursuite et encore moins d’une quelconque sanction. En lieu et place de poursuites et sanctions, ce sont plutôt des primes et promotions aux crimes qui sont pratiqués, narguant ainsi tout un peuple et surtout les milliers de victimes. A ce stade des choses, cette proclamation sans cesse de réconciliation n’est que mythe car, avant toute réconciliation, encore faut-il reconnaître la réalité des situations conflictuelles, des responsabilités quant aux actes répréhensibles et des victimes.

Est-ce pour autant qu’il faille tout voir en noir ? Nous espérons que non, car certains faits laissent tout de même une petite lueur d’espoir à un éventuel sursaut, ne serait-ce que par une petite frange mais non moins convaincue de l’armée togolaise. Le Général Tépé avait nourri une certaine idée pour la vie de la nation et la conduite de l’armée ; cela lui a valu son assassinant. D’autres, plus anonymes au sein de notre grande muette, y ont eux aussi laissé la vie. Parmi ceux qui ont osé et qui sont encore de ce monde, nous pouvons citer Akila Esso BOKO, Olivier Poko AMAH, tous deux officiers supérieurs de l’armée togolaise. Voilà des cas qui alimentent cette petite lueur dont nous parlons. Ces cas ne sont pas isolés ; ce ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Nous sommes convaincus que nombre de soldats de toutes classes, des sous-officiers et officiers sont animés de l’esprit républicain. Ce qui manque, c’est l’élément ou l’acte fédérateur mais aussi adéquat pour toutes ces bonnes volontés encore muettes.


C’est là où nous relançons une fois de plus un appel solennel aux formations politiques se réclamant alternatives pour mettre en place une nouvelle approche quant à la problématique. Il faudra définir de stratégies de non diabolisation systématique de toute l’armée afin de crée un espace de confiance, gage de l’éclosion manifeste de cet esprit républicain qui anime certains éléments de notre armée. Des François Boko et Olivier Amah, il y en a pléthore en son sein. Ils ne demandent qu’un tout autre discours de la part de nos forces alternatives, discours en mesure de faire la part des choses, d’instaurer un réel climat de confiance mutuelle. C’est à notre humble avis, un gage, sinon le seul gage pour la mue de ces esprits encore anonymes et muets en vrais acteurs engagés de la remise à l’armée togolaise de ses lettres de noblesses républicaines.

La Rédaction de FSA
Radio Kanal K, Suisse

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