vendredi, 08 décembre 2017 07:24

RÉVOLUTION TOGOLAISE : le tour de garde Featured

Written by Jean-Baptiste K.
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“Un arbre qui tombe fait plus de bruit que toute une forêt qui pousse.”

                                                                                     Proverbe africain

Le pouvoir dictatorial de Faure Gnassingbé a le dos au mur. Il s’agite et se débat convulsivement à l’intérieur et à l’extérieur pour retarder l’échéance d’une mort annoncée. La dictature use des tours et atours, de toutes les provocations et exactions pour étouffer la contestation populaire. Peine perdue. C’est un peuple dressé pour la reconquête de sa liberté qui depuis près de 4 mois fait la preuve de sa détermination à sortir du long tunnel obscurantiste dans lequel il a été engagé violemment depuis 1963. Pour le pouvoir, les appuis se font de plus en plus rares. L’isolement régional et international ne cesse de s’affirmer. Les forces économiques renâclent et la lassitude gagne progressivement le camp du dictateur. Plus les jours passeront et plus les fissures vont devenir béances. Il faut continuer à exercer la pression. Le peuple aura le dernier mot. La souveraineté lui appartient et aucune dictature, si féroce soit-elle, ne peut la lui confisquer ad vitam æternam. Le peuple togolais veut retrouver sa souveraineté. Rien n’y fera.

La mare aux cygnes

Cerné de partout le pouvoir togolais se met à jeter ses derniers feux tous azimuts. Ils prennent la forme habituelle du dilatoire qui consiste à appuyer légèrement sur l’accélérateur du dialogue tout en tenant fortement serré le frein de son organisation effective. Faure tente encore une fois de dribbler tout le monde mais n’obtient plus que le braquage des projecteurs sur ses et sa duplicité. La schizophrénie d’État qui a pu lui conférer un vernis de respectabilité avec la complaisance d’une certaine communauté internationale devient par retour du balancier la trappe des illusions du régime de Lomé 2. C’est une grande victoire du peuple.

Il convient maintenant pour le peuple et ses représentants de se concentrer sur les ennemis de l’intérieur, les plus redoutables puisqu’ils gravitent souvent dans l’orbite de l’opposition elle-même. Ils sont nombreux. Ils ont souvent le vernis de la respectabilité hérité de vieilles gloires et de fonctions prestigieuses antérieures et depuis longtemps dévoyées. Ils sont très intelligents comme souvent les vrais pervers. Leurs discours ciselés et tracés au cordeau fleurent bon le bon sens et certains peuvent même avoir la brillance et le brio de l’animal politique capable de susciter l’adhésion. Ils commencent à sortir, ces armes ultimes du régime. Les moins fins comme MM. Kaboua et Taama ont rapidement rendu gorge. Les plus retors restés en immersion comme MM. Dégli, Agbéyomé, Koffigoh et sans doute Edem Kodjo piaffent d’impatience. M. Dégli a fait un tour de piste très réussi avec des thèses qui n’ont d’intelligence que l’apparence. Le vrai programme étant de se positionner comme futur médiateur et surtout sauveur d’un pouvoir qui lui renverrait l’ascenseur par le strapontin doré de la primature. Un gouvernement d’union, dirigé par M. Dégli, cela aurait de la gueule n’est-ce pas ? Cela prêterait plutôt à rire si ce n’était pas aussi sérieux et si la vie d’une nation n’était pas en jeu. Pour sa part, en s’attaquant bille en tête au chef de file de l’opposition, M. Agbéyomé entonne le lamento destructeur de l’opposant non pris en charge par le CFO et menace de proposer la remise en cause de son statut pour manquement grave. Certes, Jean-Pierre Fabre a des défauts. Il a commis des erreurs. Comme tous. On pourrait lui faire la grâce de pouvoir reconnaître l’opposant véritable pouvant faire partie de la coalition qui représente le peuple en lutte. Il est clair que M. Agbéyomé n’a jamais présenté les gages d’une appartenance sincère à l’opposition au régime cinquantenaire de Lomé 2. La manœuvre est pitoyable : attaquer Fabre et affaiblir, à travers sa figure, toute la coalition des 14 ; essayer ainsi d’endiguer la lame de fond des revendications du peuple ; sauver la mise au régime en forçant le chemin de la table de négociation et appuyer en bloc le « raisonnable » schéma de sortie de crise qui consisterait à permettre à Faure de briguer un nouveau mandat en 2020, celui en cours étant saisi par l’effectivité des dispositions de la Constitution de 1992 qu’on consentirait à faire revenir à cette condition expresse. Le régime a misé sur l’implosion de la coalition. Il s’est trompé. Il travaille désormais à son explosion par des attaques ad hominem et la mise en formation de la meute des losers, aigris et douloureux de voir aujourd’hui le peuple réussir là où leurs trahisons respectives l’ont fait si souvent échouer. Cette mise en abyme spéculaire leur est insupportable. Le réveil de M. Koffigoh ne signifie aucunement le soutien au combat acharné que mène le Togo pour sa liberté. Il s’agit encore et toujours du narcissique tropisme à engager de vaines polémiques et à enfourcher la défense et l’illustration de ses faits d’armes ainsi que la justification brouillonne de ses renoncements et trahisons. Il s’agit de faire passer désormais pour des actes héroïques un échec politique patent. Rien moins. Cette soudaine irruption médiatique participe d’une stratégie de réveil des taupes à qui on reconnaîtrait bientôt le label de personnalités extérieurs ou de sages de la république susceptibles de participer au dialogue et d’apporter leur expertise dans le cadre de la résolution de la crise. Le retard volontaire occasionné par la satrapie ne sert qu’à la mise en place de cette équipe de traîtres appelée à faire bloc autour de la position du régime contre les légitimes revendications du peuple. Et jusqu’à la contrition imparfaite de Gilchrist Olympio dont la demande formulée vis-à-vis du chef de l’État de ne pas se représenter en 2020 n’est pas tout à fait dans la droite de celle du peuple. Il faut noter qu’un divorce produit des effets et postule la séparation de corps et la liquidation du régime matrimonial. Les ministres et collaborateurs de l’UFC issus de l’accord de 2010 sont toujours en place. Attention à la poudre aux yeux.

Changer de matrice

La chasse à courre est ouverte. La meute de chiens est lâchée. C’est cousu de fil blanc. La cible Fabre est désignée comme le maillon faible de la coalition parce que lestée par le statut de CFO. La coalition doit déployer plus de vigilance encore pour éviter la curée. C’est le lieu de reconsidérer le contenu et la nature de la contestation. Les marches populaires perlées c’est bien. Il faut les appuyer et les diversifier en exploitant au mieux les dispositions constitutionnelles de la désobéissance civique et explorer la panoplie disponible des outils de la lutte non violente. Le risque d’enlisement est bien réel. Il convient de le circonscrire en renforçant et en diversifiant l’expression du peuple. Ce qui permet de tenir en respect les menaces internes et internationales qui se font nécessairement jour. Une cible statique est une cible facile. Il convient de ne jamais l’oublier. L’espoir de tout un peuple est au prix de cette vigilance sacrée pour que le cordon sanitaire reste définitivement étanche afin de donner toute sa chance à l’arbre de la démocratie et de la liberté de pousser, dru et vigoureux, sur la terre de nos aïeux. Un arbre de liberté et de vie est puissamment en train de pousser en causant l’ébranlement de toutes les puissances obscurantistes et pilleuses qui ont mis la nation togolaise en coupe réglée. Assurément un arbre qui pousse fait moins de bruit qu’une forêt qui tombe.

Jean-Baptiste K.

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