mardi, 13 mai 2014 19:54

FAURE GNASSINGBÉ : LA GOUVERNANCE DU « FAIT ACCOMPLI » : Les réformes constitutionnelles et institutionnelles sans débat

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Malgré  des indicateurs économiques en amélioration sélective, car la pauvreté ne fait qu’augmenter au Togo, il est important de se replonger dans le système de gouvernance de Faure Gnassingbé qui privilégie systématiquement la défense des intérêts étrangers avant ceux du peuple togolais.

Cette gouvernance consiste à surprendre l’adversaire en le mettant devant le « fait accompli », ce alors qu’il ne s’y attend pas. Il faut donc bien comprendre ce système pour mieux organiser des contre-pouvoirs efficaces. L’exemple de cette gouvernance du « fait accompli » appliqué à la Diaspora et aux relations entre l’opposition togolaise et le pouvoir en place, sont édifiants.


1. LE SYSTEME DE GOUVERNANCE DE FAURE GNASSINGBÉ

Face à la pression exercée par une partie de l’opposition effective, – celle qui lutte pour la démocratie et la défense des intérêts du peuple togolais sans jamais désarmer depuis l’élection présidentielle usurpée par Faure Gnassingbé le  3 mars 2010 -, et la pression occidentale, Faure Gnassingbé a choisi de rencontrer son adversaire politique le plus déterminé. C’est cette pression qui est appelée « patate chaude ». Son contenu n’est rien d’autre que le démarrage effectif des discussions sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles au Togo, mais aussi le calendrier de leur mise en œuvre. Faure Gnassingbé, restant fidèle à ses principes, a choisi d’appliquer sa méthode préférée de gouvernance : la gouvernance du « fait accompli ».  En effet, toutes les analyses sur les modalités de prise de décision du système actuel au pouvoir au Togo peuvent se résumer en cinq phases :

1.1   Phase du refus catégorique : Le pouvoir nie toute évidence et refuse de traiter des réformes constitutionnelles et institutionnelles ainsi que les modalités d’organisation et de choix de personnes pour la mise en œuvre ;

1.2   Phase du « faire semblant » : suite à des pressions conjuguées internes, locales et internationales, le pouvoir cherche  alors à gagner du temps en proposant de faire un geste. En réalité, c’est la période où le pouvoir prépare une proposition unilatérale et sans concertation, qu’il s’emploiera à imposer aux parties prenantes non membres de sa coalition ;

1.3   Phase de la « patate chaude » : le pouvoir fait un geste, par exemple recevoir Jean-Pierre Fabre,- le Président de l’Alliance Nationale pour le Changement -, celui-là même qui devrait aujourd’hui occuper le fauteuil présidentiel usurpé par Faure Gnassingbé, si ce dernier n’avait pas détourné les institutions de la République avec l’appui de l’armée, pour institutionnaliser la « contre-vérité des urnes » et se maintenir au pouvoir, d’abord en 2005, puis en récidivant en 2010 ;

1.4   Phase du « fait accompli » : C’est le moment ou Faure Gnassingbé fait des annonces, généralement à quelques semaines des dates butoirs. Ses représentants gouvernementaux et ses soutiens politiques (RPT/UNIR/UFC), annoncent des solutions unilatérales et affirment que c’est à prendre ou à laisser. Il s’agit de créer le sentiment dans l’imaginaire collectif des parties prenantes qui ne sont pas sous son contrôle à savoir – les partis politiques, la société civile et les mouvements citoyens, la population togolaise dans sa globalité –  qu’elles n’ont d’autre choix que d’accepter , car il est le seul qui peut faire de concessions sur ce qu’il veut bien concéder… L’opposition politique  est donc placée devant le fait accompli.

1.5   Phase de la « contre-vérité des urnes » : c’est l’organisation méthodique et structurée de la conception et de l’opérationnalisation du concept « Gnassingbé » : « comment rester au pouvoir indéfiniment ». tout en donnant un semblant de légitimité démocratique.  Ceci à l’intention des pays occidentaux  disposés à s’accommoder de la démocratie de façade et finalement peu regardants sur la question démocratique dès lors qu’elle ne les concerne pas directement et surtout sécurise leurs intérêts économiques.

Tous les responsables de partis politiques, de mouvements citoyens, de la société civile ainsi que l’ensemble de la population togolaise, y compris la Diaspora, qui se hasarderaient à analyser la gouvernance de Faure Gnassingbé en dehors de ce schéma, risquent de se faire rouler dans la farine de manioc par les agents du système militaro-civil  de Faure Gnassingbé. Surtout lorsque la partie « barbare » du système n’hésite pas à user et abuser de la bastonnade en règle, à infiltrer les manifestations de l’opposition pour leur faire porter le chapeau de la responsabilité des débordements, comme cela fut le cas à Lomé le 27 avril 2014, jour anniversaire de l’indépendance juridique du Togo. En effet, parce que M. Vincent Bolloré, PDG du Groupe Bolloré, l’homme dont la fortune est estimée à 8 milliards d’Euros (soit 5 240 000 milliards de FCFA) a débarqué ce jour-là au Togo pour une visite officielle, digne de celles offertes par les chefs d’Etat africains adeptes de la servitude volontaire. Faure Gnassingbé n’est pas une exception, loin s’en faut.

2. FAURE GNASSINGBÉ PRIVILIGIE LA DÉFENSE DES INTÉRÊTS ETRANGERS D’ABORD

Il fallait absolument d’abord défendre les intérêts de cet investisseur français. Pourtant c’est ce Monsieur qui a tout fait pour éviter que le tracé du chemin de fer Cotonou-Niamey-Ouagadougou-Abidjan 1 permettant, d’abord et principalement, d’évacuer le minerai d’uranium exploité par la société française Areva – dans des conditions contractuelles dénoncées par les autorités du Niger -, ne passent plus par le Togo et son port en eaux profondes. Le Togo est en fait absent de ce dossier. Bénéficiant indirectement des accords secrets de défense entre la France et le Togo, pays inféodé sur le plan militaire et monétaire à la France, Vincent Bolloré ainsi que quelques grands milliardaires africains dont Aliko Dangote, – l’homme le plus riche d’Afrique – sont en train de devenir des facteurs bloquants de l’alternance au Togo, compte tenu de leurs accointances avec le pouvoir en place. Ces liens se sont développés au cours des processus précédant les phases de montage financier et d’investissements au Togo.

Pour mémoire, Aliko Dangote valait 25 milliards de dollars américains en 2013 (soit environ 12 500 milliards de FCFA). Cette richesse est basée sur une grande diversification sectorielle et géographique de ses sociétés non sans rapport avec des liens privilégiés avec les dirigeants des Etats africains, ce qui se traduit très souvent par des défiscalisations secrètes importantes et des arrangements privilégiés et exceptionnels en regard du code minier et du code des investissements des pays ciblés pour ses investissements. Rappelons tout de même sa résilience au Nigeria. Il a survécu et donc travaillé avec les dix derniers dirigeants au sommet de l’Etat fédéral du Nigeria 2. On ne peut survivre dans ces conditions au Nigeria sans contreparties… Les changements à la tête de l’Etat nigérian ne sont pas des exemples de « vérité des urnes ».

Il faut donc espérer que les investisseurs étrangers qui affirment vouloir « investir » au Togo ne soient pas à terme des gens qui ont endetté le Togo sur plusieurs générations du fait de la garantie de l’Etat accordée par le régime de Faure Gnassingbé, ce sans véritable contreparties en termes d’emplois, d’amélioration des salaires et du pouvoir d’achat.

Les conditions financières inavouables d’attribution de la construction d’une centrale thermique de 100 MW par la société américaine Contour Global pourraient être réajustées. Ceci du fait d’une rupture d’approvisionnement des fournisseurs d’électricité du Togo que sont le Ghana (réduction de moitié passant de 60 MW à 30 MW) et le Nigeria (turbines en révision et instabilité généralisée de la production avec 200 MW qui ne sont plus fournis) qui ont choisi de réviser leur politique énergétique  afin de servir d’abord leur pays avant de servir les voisins 3.  Il demeure que le transfert de la dette sur les populations togolaises est important. L’impunité institutionnalisée par le régime de Faure Gnassingbé et l’omerta qui l’accompagne transfère le coût des erreurs d’arbitrage et celui de la corruption sur plusieurs générations du peuple togolais, qui doit payer en dernier ressort des erreurs aussi grossières que stratégiques…

Il n’empêche que si le Gouvernement togolais avait aussi opté pour une part d’énergie solaire, cela aurait créé les conditions d’autonomisation des populations et une réduction de la dépendance envers Contour Global. Mais cela aurait mis en cause les intérêts du monopole. La recherche sur les énergies du futur comme le lithium devrait commencer par l’identification de réserves dans le pays.

Aussi, les incantations de projections futuristes relatives à l’émergence du Togo à l’horizon 2030 cumulées aux erreurs stratégiques passées, ne sont pas de nature à rassurer sur la capacité de ce Gouvernement à mettre en pratique ses affirmations, dès lors qu’il s’agit de réaliser quelque chose à partir de la demande des citoyens du pays. Le doute persiste du fait de la priorité accordée aux intérêts étrangers alors que la dette intérieure et les créances du secteur privé sur l’Etat demeurent une préoccupation majeure des opérateurs sur le terrain. En réalité, il s’agit, là encore, des conséquences de la défaillance de la gouvernance du « fait accompli », qui conduisent les investisseurs étrangers sérieux à fuir le Togo, alors que cette méthode fondée sur la non-prévisibilité des engagements, attire ceux qui opèrent à la marge de l’abus de pouvoir avec des contrats dolosifs. Cette pratique semble plus facile à mettre en œuvre avec des dirigeants issus de la contre-vérité des urnes.
3. GOUVERNEMNET-DIASPORA : EXEMPLE DE LA GOUVERNANCE DU « FAIT ACCOMPLI »

Chaque citoyen togolais pourra étayer le tableau suivant avec ses propres exemples. 4 L’exemple choisi concerne d’abord la Diaspora togolaise (voir Tableau 1), puis les relations Gouvernement-Partis d’opposition dans le cadre de la concertation sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles (voir Tableau 2).  

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