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mardi, 11 novembre 2014 18:00

Burkina : Djafar Hema, prédiacateur musulman : « Zida, c’est Blaise. S’il reste, il fera 27 ans » Featured

Written by Le Faso
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Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, l’homme ne laisse personne indifférente. Depuis son fief de Bobo-Dioulasso, Djafar Hema, puisque c’est de lui qu’il s’agit est connu pour son franc parlé. A l’avant-garde des religieux qui tentaient de raisonner l’ex homme fort du Burkina contre toute idée de modification de l’article 37

, le fondateur du Comité culturel de la génération des trois testaments ( CCGT) a encore assuré au cours d’une interview avec des journalistes de Bobo. Entre déclarations choques et mise en garde à l’adresse du Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, le « fou » de Blaise Compaoré a dit ses vérités. Lisez plutôt.

Lefaso.net : Au lendemain de la chute de Blaise Compaoré, avez-vous toujours le sentiment d’avoir prêché dans le désert ?

Djaffar Hema : Quand je parlais, on me traitait de fou. Et voilà là où nous en sommes. Ce que les gens ont oublié, c’est que les paroles du fou sont souvent pleines de sagesse. Travailler avec ces paroles, peut souvent nous éviter le pire. Si le CDP m’avait écouté, on aurait pu contourner la situation actuelle. Blaise m’a toujours pris pour un fou. Je sais qu’il entendait mes interpellations et celles des autres personnes qui l’invitaient à laisser le pouvoir à quelqu’un d’autre. Il avait des agents qui étaient chargés de relayer tout ce qui se dit sur lui. Je lui parlais en tant que frère, car nous sommes tous burkinabè. Et mon objectif était qu’on évite le pire. Quand tu es président, il faut écouter tout le monde, même les fous. Dieu même qui nous a créés nous écoute et choisit ce qui est bien. Ce que Blaise avait oublié, c’est que le pouvoir est à Dieu qui à son tour le donne au peuple. Et c’est au peuple de choisir quelqu’un pour gérer son pouvoir. Et si un peuple te donne son pouvoir, il faut se mettre à l’idée que ce même peuple te le réclamera un jour. Il n’y a pas de bagarre en cela. Si tu n’es pas de mauvaise foi, tu dois donc être en mesure de rendre au peuple son pouvoir sans le moindre bruit. Si tu refuses cela, Dieu va te honnir. Et c’est ce qui est arrivé à Blaise. La preuve en est qu’avec tout son armement, le peuple, mandaté par Dieu a repris son pouvoir et l’a chassé en pleine journée. Dieu a montré à Blaise que le pouvoir est à lui. Même les Blakoros (bambins en langue Dioula) ont demandé le départ de Blaise. Qui leur a dit ça ? C’est Dieu. Avec quoi l’a-t-on chassé ? Des balais, des cartons, des écritures à l’aide de charbon.

Lefaso.net : Après la chute de Blaise Compaoré, le pouvoir est encore dans les mains des militaires. Êtes-vous pour le maintien d’un militaire à la tête de l’Etat burkinabè ?

Djafar Hema : Depuis l’existence du Burkina Faso, il n’y a que les militaires qui gèrent le pays. Sangoulé Aboubacar Lamizana, Saye Zerbo, Jean-Baptiste Ouédraogo, Thomas Sankara, Blaise Compaoré et aujourd’hui on nous parle de Zida. La place des militaires se trouve dans les casernes. Ils ont été formés pour assurer notre protection et non pour nous gouverner. Qu’ils retournent dans leurs casernes pour mieux assurer la sécurité des personnes et des biens. Qu’ils partent et qu’ils nous laissent gérer notre pouvoir. Il faut que je vous le dise hein. Zida c’est Blaise. S’il reste, il fera 27 ans comme Blaise. Il faut qu’il parte dès maintenant.

Lefaso.net : N’est-ce pas la faiblesse de l’opposition politique qui a porté le Lieutenant-Colonel Isaac Zida au pouvoir ?

Djafar Hema : Cela n’a pas été une faiblesse, mais une erreur. Il ne faut pas confondre erreur et faiblesse. Mais, je pense qu’ils ont vite compris en exigeant que la transition soit gérée par des civils. Cette histoire ne se discute même pas. Que les militaires laissent le pouvoir au peuple. Un militaire n’a jamais été formé pour diriger un pays. Son rôle, c’est assurer la sécurité des gens. Moi Djafar, je ne suis pas d’accord pour que l’armée gère ce pays.

Lefaso.net : Pendant le soulèvement populaire, des gens ont pillé et vandalisé chez des gens, mais aussi dans des services. A votre avis, est ce que cela n’a pas terni un peu l’image de la révolution ?

Djafar Hema : Vraiment, j’ai été attristé par le comportement de ceux qui se sont donné à ces actes. Mais, comme on le dit, dans un groupe, il y a toujours des bons et des mauvais. Dans le gouvernement de Blaise, il y avait des bons mais aussi des mauvais. Dans cette histoire, il y avait des gens dont la réflexion était de savoir comment voler. Ce qui est le plus déplorable, c’est l’incendie de la mairie de Bobo-Dioulasso et du palais de justice. Ce sont des endroits où nous allons forcement pour une raison ou pour une autre. A la mairie, on aura besoin de papiers. On fait comment ? A la justice, c’est pareil. Ceux qui ont fait cela sont mauvais. Mais comme on le dit, le poisson pourrit par sa tête. C’est parce que le gouvernement qui est parti volait sans gêne que les gens ont eu le courage de le faire aussi. Ils sont responsables de ce qui est arrivé à ce pays. Le peuple était remonté contre eux. Les gens ont cassé des boutiques et autres, c’est vrai. Mais que faisait le gouvernement de Blaise en ce moment. Eux, ils tuaient les gens. Ce qui est encore pire que les casses des boutiques.

Lefaso.net : Après sa démission, Blaise s’est réfugié en Côte-D’ivoire. Comment analysez-vous cela

Djafar Hema : Rectificatif ! Blaise n’a pas démissionné, on l’a chassé. J’ai appris aussi qu’il a eu refuge en Côte d’Ivoire. Mais, il faut le dire, si Blaise est en Côte d’Ivoire, nous ne sommes pas en sécurité. Parce qu’il est en contact direct avec ses enfants qu’il a formé et mis à la tête de notre pays. Ceux qui sont là actuellement sont des enfants de Blaise. Un serpent ne donne naissance qu’à un serpent. Si on les laisse, ils seront pires que leur maître. Heureusement pour nous que les Ivoiriens ne veulent même pas de Blaise chez eux.

Lefaso.net : Un dernier mot ?

Djafar Hema : Oui, j’en ai. Je veux juste dire à la population de rester toujours mobiliser. Quant aux militaires, qu’ils repartent dans les casernes. Pensez-vous que s’ils s’enracinent on pourra leur dire la vérité ? Non, parce qu’ils ont des fusils. S’ils veulent, on pourra les nommer colonels, chef d’Etat-major et autres. Mais le pouvoir, c’est pour le peuple, c’est pour nous. C’est mieux qu’ils partent. Si on laisse Zida, le cas de Blaise risque de se reproduire. C’est-à-dire 27 ans de règne.

Propos retranscrits Ousséni BANCE
Lefaso.net

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