dimanche, 12 juillet 2015 19:00

Côte d’Ivoire : Pascal Affi N’Guessan, l’homme qui voulait tourner la page Gbagbo Featured

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Sans doute n'imaginait-il pas que la tâche serait à ce point difficile. Mais Pascal Affi N'Guessan s'obstine et compte bien porter les couleurs du FPI à la présidentielle d'octobre. Sauf qu'il sait désormais que ses ennemis les plus féroces appartiennent à son propre camp. Portrait.

Pascal Affi N’Guessan, 62 ans, est un homme difficile à cerner. Il parle d’un ton monocorde, n’affiche aucune passion, fait preuve d’un pragmatisme parfois déroutant, semble ne vivre que pour le travail, lit peu de romans et n’a pas vraiment de mentor politique. En cette douce journée de juin, tout de même, il a le sourire. Le voici à Paris, où il n’a pas mis les pieds depuis 2009, reçu à l’Élysée, au Quai d’Orsay et même par le Medef en qualité de candidat du Front populaire ivoirien (FPI) à la présidentielle du mois d’octobre.

On comprend sa satisfaction. Qui aurait cru, le 5 août 2013, qu’il serait aujourd’hui dans cette position ? Ce jour-là, Affi N’Guessan bénéficie, avec treize autres détenus pro-Gbagbo, d’une remise en liberté provisoire. C’est un homme affaibli, marqué par plus de deux années passées à la prison de Bouna (à 600 km au nord d’Abidjan) qui se présente devant les Ivoiriens. Tous ont encore en tête les images d’une vidéo publiée sur YouTube au début de sa détention. Affi y apparaît en chemise blanche. Autour de lui, six de ses codétenus, dont Michel Gbagbo, le fils de l’ancien président ivoirien. Morou Ouattara, un ancien chef rebelle en charge des Forces nouvelles à Bouna, leur fait la leçon, puis leur demande de faire des pompes. Affi N’Guessan s’exécute difficilement pendant deux interminables minutes avant de se relever avec tout autant de difficulté. À sa sortie de prison, Michel Gbagbo décidera de porter plainte contre Guillaume Soro, alors Premier ministre. Pas lui. « Ce n’est pas dans mon caractère. Je considère que faire souffrir un homme est d’abord un échec du bourreau », nous explique-til. Persuadé que l’avenir du parti repose sur ses épaules et qu’il lui faut prendre ses responsabilités, il pense aussi au futur. Et à cette question qui, aujourd’hui, divise le FPI : comment convaincre les militants qu’il faut continuer sans Laurent Gbagbo, emprisonné à La Haye ? Sans doute n’imaginait-il pas que cela serait si difficile.

En décembre 2014, le FPI doit organiser un congrès et élire un nouveau président. Après avoir parcouru le pays et entamé la restructuration d’un parti décimé par la crise postélectorale, Affi N’Guessan pense se présenter seul, ou presque. Mais en octobre, un dossier de candidature est déposé au nom de Laurent Gbagbo. Affi s’y oppose, considérant que l’on se sert du nom de l’ancien président, et utilise par deux fois la justice pour faire invalider la procédure. Pour les pro-Gbagbo, désormais appelés « frondeurs », cet épisode marque un point de non-retour. « C’est du jamais-vu ! Il s’est mis dans une impasse », juge un socialiste français qui connaît Gbagbo (et Affi N’Guessan) depuis la fin des années 1980.

« Affi nourrit une haine pour celui qui l’a fait en le nommant Premier ministre alors qu’il n’était pas le militant le plus chevronné », s’insurge un proche de Gbagbo. Quand il accède à la primature, en octobre 2000, ce fils de petit planteur de café et de cacao est tout de même un cadre important du FPI, un parti créé dans la clandestinité en 1982 et qu’il a rejoint en 1986. Mais il appartient à la deuxième génération, celle qui n’a pas forcément lu Marx ou Lénine et qui évolue dans l’ombre des « historiques » que sont Laurent Gbagbo, Aboudramane Sangaré ou Émile Boga Doudou. Certes, en 1988, il met en place une base du FPI au sein de l’École nationale supérieure des postes et télécommunications d’Abidjan (dont il a été étudiant puis directeur d’études), puis intègre la direction nationale du parti en 1990. La même année, il se fait élire maire dans sa ville de Bongouanou, en pays agni-baoulé, à 200 km au nord d’Abidjan. C’est son premier fait d’armes. « S’imposer avec l’étiquette du FPI sur les terres du PDCI [l’ancien parti unique], ce n’est pas rien », se félicite-til. Pas suffisant toutefois pour gagner la confiance des caciques du parti. Défait aux municipales de 1996, Affi N’Guessan retrouve son poste à Côte d’Ivoire Télécom (qu’il avait rejoint en 1993), tout en poursuivant son activité militante.

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