lundi, 08 mai 2017 07:41

Mauritanie: Déni de patrie. Featured

Written by Haidara Cherif
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Aucun gouvernement ne doit avoir ni le pouvoir ni le droit de dénier à ses citoyens leur droit le plus naturel qui est leur filiation à leur patrie. Cet archaïsme s’observe en général dans les états à dominance tribale comme l’Arabie Saoudite, le Koweït….et la Mauritanie. Nous allons nous appesantir sur le cas de ce dernier pays ou des pratiques aux antipodes de l’entendement sont monnaies courantes et pratiques au quotidien. 

Mais avant, la patrie qui se plait à être désignée comme celle des Droits de l’Homme, la France, s’y était essayée sous la piètre présidence du non moins prévaricateur François Hollande à déchoir de leur nationalité des français sous le fallacieux prétexte qu’ils seraient d’origine étrangère par des filiations ascendantes et de la prétendue guerre contre le terroriste. Le délit de faciès se réveillait de sa torpeur apparemment. Cet exercice coûta au parti Socialiste français tout son capital immatériel. Ca, c’est la France.

Pendant bien longtemps, l’Allemagne, pour sa supposée « pureté » et «  supériorité » ethnique usait des méthodes et théories digne du 3ième Reich pour exclure de sa nationalité tous les ayants droit, principalement, des turcs d’origine avant de se ressaisir et d’ajuster le tir.

Plus près de nous ou, d’ailleurs Mr Abdel Aziz fut un des médiateurs dans la crise ivoirienne, il ne s’agissait ni plus ni moins que d’exproprier à certains leur citoyenneté sur la base du patronyme, de la confession religieuse ou de la provenance géographique. La Côte d’Ivoire continue à en souffrir de cette déchirure provoquée par des pyromanes de la thèse identitaire.  

En Mauritanie, il est opportun de pasticher Robespierre, pour nos hommes de pouvoir, dans sa lettre de la convention qui énonçait ceci : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, le plus sacré et le plus indispensable de ses devoirs » Les autorités mauritaniennes doivent se ressaisir et appréhender les signes de l’histoire des humains car, les grandes révolutions naissent des petites misères, comme les grands fleuves de petits ruisseaux dixit Victor Hugo.

C’est bien une des prérogatives régaliennes d’un état responsable et sérieux de recenser sa population, de savoir sa composante et les statistiques réelles, de se promouvoir de garanties quant à la fiabilité de ses documents administratifs pour prévenir des faux et usages de faux entre autres. Quoi donc de plus normal ! Autant ces droits lui sont dévolus autant il ne peut se soustraire à ses devoirs vis-à-vis de la souveraine puissance (le peuple). Et comme pour agrée avec Mamadou Dia, naguère chef du gouvernement du Sénégal : On peut renoncer à ses droits mais, comment renoncer à ses devoirs ?

Dans sa quête de sécuriser son état civil et sa documentation, la R.I.M (République Islamique de Mauritanie) procède depuis bientôt sept (7) ans à un recensement de sa population comme on le fait partout. Seulement, le flou, l’arbitraire et le méli-mélo qui l’accompagne font penser qu’il s’agit beaucoup plus que d’un inventaire de sa population. Et c’est à juste raison que des voix des plus audibles font échos de discrimination et de racisme au niveau de l’état civil d’abord et ensuite bien plus en amont. Certaines têtes bien pensantes soulèvent la volonté des élites arabo-berbères à retirer  à la Mauritanie sa pluralité ethnique et sa diversité culturelle en la dépeignant uniquement sous le seul héritage arabisant. D’autres, et ils sont nombreux, lorgnant dans l’histoire tumultueuse de la cohabitation entre négro-mauritaniens et arabo-berbères d’une part et de la question harratine de l’autre, soutiennent mordicus qu’il s’agit ni plus ni moins d’une méthodologie inavoué de nettoyage ethnique afin de blanchir un peu plus la Mauritanie.

La responsabilité de chacun implique deux actes : vouloir savoir et oser dire

Des échanges et contactes varié dont la très courageuse et articulée honorable Sawdatou Wane, député National, nous a édifiés sur la profondeur du mal et le sentiment d’injustice que ressentent une vaste partie de la population. Avec elle et tant d’autres, ce débat sensible prend des allures dignes de l’apartheid qui fut combattu par tous. Nous avions suivi un des débats à l’Assemblée Nationale quant à l’octroie de la nationalité aux frères palestiniens au nom de l’humanisme, geste salutaire s’il en est, à cause de l’occupation illégale et de la colonisation israélienne. Cependant, pourquoi ne pas s’émouvoir et ce manque d’humanisme pour ceux à la maison à qui on la dénie ?

Il y a de quoi être sympathique à leurs cris de cœur quand on investigue le chienlit dans les centres d’enrôlements à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Ce n’est pas simplement le parcours du combattant mais, il y a comme une volonté d’humiliation, de dénigrement et de condescendance sans commune mesure de la part des fonctionnaires en charge de l’Agence National du Registre des Populations et des Titres Sécurisés (ANRPTS). Ils sont d’un zèle et d’une suffisance à vous renverser. Il nous a été permis de vérifier par nous même de la véracité de ce qui nous paraissait comme des ragots ou de l’acharnement contre un gouvernement qui n’était, certes, pas sans reproches mais ultimement ne faisait que son devoir de fouiner dans la pile et faire gicler le vrai de l’ivraie.

Nous sommes parvenus, après moult aller et venus, à disséquer qu’il y a en réalité deux causes majeures qui ont finis par engendrer tout le mal qui est pensé de ce recensement et de l’agence en charge. Aucun doute que les appréhensions soulevées plus haut ne peuvent être discountées ni édulcorées. Une perception n’est pas une vérité absolue, sauf qu’en politique elle demeure vérité jusqu'à ce que le pouvoir la démonte et la démontre telle.

Au-delà de tout, la corruption et l’incompétence des cadres et agents de l’état sont les dramatiques résultantes qui ont  fait échouer ce noble projet et menace la quiétude du pays. En vérité, les haines de race ne sont au fond que des haines de place. Les privilégiés ne voulant rien céder de leurs privilèges. Et comme ces deux fléaux sont la caractéristique siné qua non des états faillis, eh bien !  Si l’on n’en prend pas gars notre chère patrie vivra des vicissitudes, des convulsions et des lendemains incertains par la faute de responsables sans visions et sans envergure.

Contrairement à ce qui est véhiculé, ce n’est pas que des négro-mauritaniens seuls qui pâtissent des affres de ce dénombrement de la population, non, c’est toutes les communautés, dans toutes les strates, toutes les régions et tous les mauritaniens d’ici ou d’ailleurs. Quelques soient les documents fournis, les témoignages…etc., rien ne rassure de votre « mauritanité ». Le tri est fait entre les frères consanguins, les frères utérins…..etc. Les bases de rejets sont incommensurables. Il est connu que les secrétaires en Mauritanie sont incapables d’écrire un formulaire sans bobo, qu’on rejette votre demande pour ces anomalies se comprend mais, perdre des années et des fortunes pour rectifier ces bénignes erreurs ne se justifie point. Dans tout pays qui pratique le droit du sang (jus sanguinis) il suffit de prouver sa filiation soit avec le père ou la mère. En Mauritanie, non. Il faut en plus prouver sa filiation avec ses frères, ses sœurs, ses oncles et tantes. Il y a doute donc, si vous êtes l’enfant unique de vos parents ou si vous êtes des demi-frères. Les mauritaniens, comme tous les peuples du monde, voyagent à travers le monde, ils bâtissent des familles, ils y vivent aussi. C’est la croix et la bannière pour ces derniers de se faire recenser ou d’obtenir leurs documents. Des parents éprouvent des difficultés à s’enrôler parce qu’ils ont des enfants qui ont une autre nationalité pour cause de droit du sol (ex U.S.A., France….) des époux aussi parce que l’un d’eux n’est pas mauritanien (en général la mauritanienne). Trouvez vous normal que la porte des examens soient fermée aux élèves parce qu’ils n’ont pas de pièces d’identités par faute d’enrôlement ? Existe-t-il un pays exigeant une carte nationale d’identité aux enfants de dix ans (10 ans) ? Au nom de quelle ineptie refuser à un nouveau né son acte de naissance parce que ses parents n’ont pu se faire enregistrer dans de pareilles infortunes ?

Ensuite, qu’il soit normal d’exiger à un prétendant aux postes administratifs ou politiques de ne détenir que la nationalité mauritanienne exclusivement nous parait dans les normes, mais d’y exclure tous les mauritaniens qui ont la double nationalité pour diverses raisons pratiques est une aberration. Pour les ressortissants mauritaniens en France par exemple, il vous est exigé votre titre de séjour à jour pour vous enrôler or, on ne peut obtenir sa carte de séjour sans prouver son pays d’origine. Quel est le lien entre être mauritanien et le titre de séjour ? Soit l’incompétence n’a plus de limite ou soit on est de mauvaise foi. Le sage sait qu’il n’y a pas plus malhonnête que l’homme de peu de foi.  Avec ce recensement, la Mauritanie est le seul pays qui créée et fabrique le plus grand nombre d’apatrides sous les cieux. Aucun pays n’est suffisamment fort pour vivre en autarcie, aucun ne se construit sans l’apport de tous ses fils et filles à l’interne comme à l’externe.

En l’absence de critères claires, objectifs et légales, doit on donner un blanc seing à la subjectivité d’établir le lien des mauritaniens avec leur patrie ? Et quand vous avez été enfin enrôlé, par le bon vouloir du prince, un autre parcours dans les labyrinthes de la pénombre s’enclenche. Comment obtenir sa carte nationale d’identité ou son passeport malgré s’être acquitté des frais ? Un autre chemin aussi laborieux qu’aléatoire. L’état de droit est une chimère visiblement.

Cependant, alors que les plus faibles, les plus démunis et assurément les plus mauritaniens font le pied de grue devant les centres sous les intempéries et à la belle étoile, les chefs de centres sortent accueillir « les âmes bien nées », comme cette dame venue, pour les mêmes raisons que la foule en attente, pour qui le chef de centre de Tayarett, toute affaire cessante, était aux petits soins ou de ce libanais, venu tout seul mais, capable par un simple coup de fil, de faire enrôler toute sa famille restée dans le confort de leur demeure ce jeudi 27 Avril 2017. Ca sent le népotisme et le bakchich n’est ce pas ?

Lorsque le gouvernement lui même se rend coupable de violence arbitraire, il mine sa légitimité.                                                                                                                          L’Homme a toujours tendance à s’insurger contre la loi du plus fort, alors que, l’animal n’a guère les moyens d’y résister. Récemment, des jeunes qui, se faisant entendre pacifiquement sur des revendications sommes toutes légitimes, y compris l’épineux problème de l’identification nationale, se sont vus violentés par des forces de l’ordre aux ordres d’un pouvoir de plus en plus allergique à la négociation (ex : sur la modification constitutionnelle ou la grève des transporteurs…) Il faudra désespérer d’une jeunesse qui ne revendique pas, il faudra craindre pour son pays lorsque sa jeunesse, espoir et futur du pays, ne se révolte pas devant l’injustice. Saluons finalement l’avenir de la Mauritanie qui s’est manifesté à travers elle et leur dire que quand le peuple se couche la dictature prospère.

L’histoire du continent est faite de pouvoir qui finissent par créer des oppositions à leur image. Un pouvoir répressif et liberticide engendre une opposition violente. Quand le pouvoir est ouvert au dialogue il trouve en face des partenaires qui sont contraints à discuter ou qui sont obligés à faire tomber leur masque véritable. Le peuple n’est pas dupe même quand il prend le temps nécessaire pour se faire entendre. Écoutons-le, gouvernons pour lui et avec lui. La Mauritanie se trouve sur la terre des hommes et elle est comme tout autre pays qui a le potentiel de s’assumer par le génie créateur de son peuple avec des décisions saines et démocratiques ou de s’auto-flageller par le génie destructeur de l’accaparement du pouvoir, de la suffisance  et de l’arrogance. Que Dieu, le seul souverain, veille sur elle. Amine !

 

Haidara Cherif

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