dimanche, 22 avril 2018 22:58

Détention du président du REJADD Assiba Johnson : Le Togo Toujours Unique dans la Violation des Normes Internationales Featured

Written by La Redaction
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Les ONG, Regroupement de Jeunes Africains pour la Démocratie et le Développement (REJADD) et le Réseau Africains pour les Initiatives de Droit de l’Homme et de Solidarité (RAIDHS), dont la présidente est Afiavi Kafui Doh-Egueli, ont publié le 13 février 2018, un rapport d’enquête.

Dès la première heure, le gouvernement a réagi en promettant une suite juridique à ce rapport. Mais cela n’a pas empêché que des méthodes voyous soient utilisées pour en découdre avec l’un des auteurs de ce rapport, notamment Assiba Johnson du REJADD.

Il n’est pas assez de vous rappeler qu’une voiture banalisée a poursuivi Assiba vainement pour le renverser alors qu’il était sur une moto après publication du rapport. Depuis, il se fera discret avant d’être arrêté le 4 avril 2018. Il finira par être déféré à la prison civile de Lomé où il séjourne présentement.

Avant le déferrement du président du REJADD, les rédactions qui ont publié un extrait de son rapport se sont soumis à un interrogatoire au Service de Recherches et d’Investigation de la gendarmerie nationale. Les confrères Médard Ametépé du journal «Liberté», Jérôme Sossou du «Triangle des Enjeux» et Abi-Alfa Izotou de « Le Rendez-Vous » sont passés par là. Chacun devait porter sa croix.

Si l’interrogatoire du Triangle des enjeux a duré 30 minutes, celui de Liberté a fait 1 heure le 06 avril courant où tous deux ont répondu devant les forces de l’ordre le premier jour. Le Rendez-vous répondait seul à sa convocation le second jour. Notre directeur rentrait dans la sale d’interrogation à 9H 30 pour en ressortir à 13h 30. Un commandant, deux capitaines et 4 sous-officiers, c’est l’armada qui a meublé les interrogatoires, de quoi exercer une véritable pression psychologique sur les journalistes. Mais contrairement à ce qu’on pouvait craindre, il y a eu plus de peur que de mal, chacun dans le respect de l’autre, après les épreuves orales et signatures des dépositions, chaque journaliste est rentré au domicile.

Encore une fois, il faut, à commencer par le président de l’OTM pour sa présence effective, rendre hommage aux associations de journalistes qui n’ont pas été indifférentes de ces moments difficiles pour la liberté de presse. Le même jour au soir, l’auteur du rapport est présenté au juge et déposé à la prison civile de Lomé. On reproche au rapport d’être faux et aux journalistes d’avoir relayé tout ou partie dudit document.

Mais comme si l’histoire se répète, à chaque fois qu’un rapport d’enquête est publié au Togo par des ONG, le régime a pris l’habitude de s’agiter et de mélanger les pédales. Et pourtant, les textes onusiens sont sans équivoques à ce sujet. Ce n’est pas un hasard si l’ONU, pour défendre les droits humains, a exigé et obtenu dans tous les pays francophones une commission nationale des droits de l’homme. Selon ce principe, à chaque fois qu’un regroupement non étatique publie un rapport sur les violations des droits humains, il est du devoir de la commission étatique des droits de l’homme, donc la CNDH, Commission Nationale des droits de l’Homme, dans le cas togolais, de prendre attache avec l’auteur ou les auteurs dudit rapport. Si elle estime qu’il existe des contre-vérités, elle fait ses remarques utiles avant la publication du rapport définitif avec ses remarques comme représentant de l’Etat. C’est seulement quand l’auteur du rapport publie son rapport définitif sans tenir compte des remarques faites alors qu’il en a eu qu’il est en violation de la loi.

Dans le milieu anglophone, quand un rapport ne fait pas l’unanimité, un contre-rapport est produit. Et c’est dans ce sens que tout récemment au Ghana, un contre rapport a permis de découvrir que suite au lynchage, par erreur, d’un officier de l’armée, les représailles des corps habillés sur les populations a été disproportionnée. Présentement, l’Etat ghanéen est en train de dédommager les victimes de la rafle militaire.

Des représentants sous régionaux de défense des droits de l’homme sont présentement dans nos murs et tentent de faire comprendre raison aux autorités togolaises qui n’ont pas appris à faire les choses dans les normes en matière de procédure à suivre dans le protocole de défense des droits humains. Nous osons croire que cela permettra à Assiba Johnson de retrouver sa liberté. Il devient une vilaine jurisprudence qu’à chaque fois qu’un rapport se publie au Togo, si des citoyens ne sont pas partis en exil, ils doivent se retrouver derrière les grilles. Est-ce la CNDH qui ne joue pas son rôle en se comportant comme une boîte d’enregistrement de la volonté des violeurs invétérés des droits des citoyens? Est-ce l’État qui ignore les procédures en la matière ? Difficile de répondre. La certitude est que le Togo est passé maître dans de vilaines méthodes fortes. C’est triste qu’un État civilisé décide de se mettre à la traîne dans presque tous les domaines.

Les méthodes fortes de l’État surprennent certes, mais pas plus que le silence des autres associations des droits de l’homme à commencer par le Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT). Ce dernier à un moment donné a fait la fierté des défenseurs des droits de l’homme sous le doyen Ajavon Zeus qui n’est plus à présenter. Mais à un moment donné, des jeunes qui travaillaient avec lui ont suscité une révolution du palais, non pas pour la bonne cause, mais pour vendre le CACIT à la dictature. Un certain André Afanou a joué parfaitement le rôle. C’est lui qui est devenu le porte-parole qui polit l’image de son pays aux différentes rencontres sur les droits de l’homme dans le monde. Le ministre Gilbert Bawara y veille au grain, et le business marche pour le sieur Afanou qui est devenu méconnaissable et muet comme une baleine au large.

Inconfortables dans ce nouvel environnement devenu un centre commercial au détriment des ambitions de base, le REJAD et le RAIDHS se sont désolidarisés du CACIT qui était un regroupement d’une vingtaine d’ONG de même ambition. Le rapport du REJADD parait donc comme du sable dans l’«Atchèkè» d’un certain André Afanou désormais entre deux avions au nom de la défense des droits de l’homme au Togo pendant que son CACIT qu’il a légué à un sous fifre pour des responsabilités plus juteuses n’est pas capable d’une seule page de rapport, si imparfait soit-il, pour dénoncer la barbarie dont les Togolais sont victimes depuis les dernières contestations.

Depuis les évènements du 19 août 2017, dans les villes de Mango, Bafilo et Sokodé sans oublier la capitale, l’armée nationale et les milices du RPT-UNIR ont fait preuve de violences inouïes sur des citoyens : À Mango, jusqu’ici au moins 500 citoyens sont en exil dans le nord du Ghana. À Bafilo et à Sokodé, dans les mois de septembre-octobre, pour cause de violation de domicile suivie de bastonnade et violence sauvage sur des populations, les villes sont vidées de leurs habitants. Pendant des jours voire des semaines, enfants, femmes et parents ont dormi dans les brousses et montagnes par crainte de l’armée et ses milices. Les blessés étaient même menacés jusqu’au lit d’hôpital. Le jeune Assiba Johnson entre Bafilo et Sokodé était devenu à la fois un défenseur des droits de l’homme sur un terrain sauvagement violent et un agent de la croix rouge qui devait, au même moment, s’occuper des blessés à une période où c’était un crime aux yeux des militaires de transporter un parent au lieu des soins. C’est dans ces conditions que le président du REJAD a quitté nuitamment le CHR de Sokodé alors que les militaires étaient à sa recherche. Il n’a pas les subventions de l’ONU ni des autres bailleurs des droits humains, mais il a osé un rapport qu’on dit imparfait, d’accord. Même les rapports publiés par les experts de l’ONU n’ont jamais fait l’unanimité. Assiba et son équipe de travail auraient eu le mérite d’avoir essayé quelque chose. Cela lui vaut une détention. Que dit notre défenseur attitré des droits de l’homme qui a bousculé le vieux Zeus hors du circuit, et qui parle depuis lors du Togo à chaque session de l’ONU? Monsieur André Afanou a perdu son latin. Décidément, l’adage qui dit qu’ « on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis » a raison de sa demie veste. Donc lui, son silence se comprend, la vie est un choix. Mais il existe encore des associations sur lesquelles on pouvait compter, des associations qui pouvaient éviter que le président du REJADD soit là où il est si elles avaient joué leur rôle, ne serait-ce qu’un tant soit peu, je veux parler de la CNDH avec à sa tête un professeur d’université, Alilou Cisé. Lui aussi est devenu aphone depuis qu’un morceau de carotte lui est tombé entre les dents. Le silence de la CNDH et autres associations qui se disent non étatiques surprend plus d’un. C’est tout simplement dommage.

Banzam

Source : Le Rendez-Vous N° 326 du 19 avril 2018

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