jeudi, 04 janvier 2018 17:33

ADIEU MON HERO par Karim Masano Sow Featured

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Il y a quelques mois, je prenais mon temps pour graver dans la mémoire des guinéens ce que Papa Camara fut dans le paysage du football de la Guinée. Plus tard alors que je passais mes vacances en Guinée, je fus l’invité d’une émission télévisée où j’eus l’honneur de parler de lui sur les antennes de la RTG Koloma. Aujourd’hui, attristé par la nouvelle de sa disparition (paix a son âme), permettez-moi à travers ces quelques lignes de célébrer mon héro national, Naby Laye Camara. 
Tout avait commencé par ce championnat interscolaire qui alors offrait de multiples opportunités à la nation de profiter de ce sport dont tant de guinéens raffolent. Au régime politique de l’époque, une prestigieuse équipe de foot illustrerait non seulement le succès de son agenda politique sur la scène internationale où il manquait d’arguments mais aussi unifierait tous les citoyens sous la bannière d’un certain patriotisme, espérant ainsi les faire oublier les misères de ces jours maudits de dépravation et de terreur. Aux élèves et étudiants, c’était tout simplement la plateforme adéquate pour accéder aux hautes sphères de l’impitoyable processus de sélection athlétique. Pour les fans de tous bords, c‘était l’occasion de voir la quintessence de talents qui autrement auraient été invisibles. Pour moi et tous les galopins que nous étions, c’était nager dans un océan d’intenses émotions au fil des matchs selon que le score final était en notre faveur ou pas. Football, quand tu nous tiens !
Tout se poursuivit par la légendaire prestation et la fulgurante ascension du foot guinéen sur la scène internationale à travers toutes les compétitions. En grande partie, Papa Corso, comme je l’appelais alors, mérite le crédit d’avoir apporté tout à la fois son don et son génie à ce gigantesque chef-d‘oeuvre dont seul lui, l’artiste possédait les secrets. L’indéniable épopée du Hafia FC et son corollaire le Syli National illustreront à jamais le témoignage le plus éloquent d’un succès national tant envié de nos jours. Comme un vieux chien errant, la gloire du foot guinéen se retrouve seulement dans son passé. Si mon allusion vous paraît cynique, mettez-la au compte d’une âme meurtrie par les actuels tâtonnements d’une fédération de foot à l’amateurisme désespérant et à l’inefficacité criarde. Temps de deuil m’oblige à la retenue. 
Tout culmina par ce que la nation ingrate fit de ceux qui avaient redoré son blason en temps de disette. Comme de serviettes usées, on les jeta dans les oubliettes de la poubelle de l’histoire. Certains moururent dans les méandres de la pauvreté. D’autres survécurent l’enfer de la non-reconnaissance et gardèrent encore leur dignité d’homme. Papa Camara fut de ceux-là. Bien vain restera l’effort d’effacer l’histoire car bien de gens comme moi prendrons toujours le temps de la revisiter et de la ressusciter pour que les générations actuelles et futures sachent qu’à l’aube des temps, il y eut des héros.
Tout se termine maintenant par le rappel à Allah de l’âme de Naby Laye Camara. Nous le respectons car telle est Sa Volonté. A sa famille, à ses parents, amis et autres, je dirai : Pleurons car nous n’avons que nos larmes pour diluer notre deuil. Cependant à toi, Papa Camara, la grande gueule du lycée 2 aout que je fus te dit ceci : La mort n’est pas vraie quand l’oeuvre humaine a été accomplie. Qu’Allah t’accorde Sa Miséricorde et Sa Grâce. Repose en paix, vieux frère.

 

 
 
 
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