La peur que le Mouvement citoyen pour l’alternance (MCA) inconsciemment avait semée dans le Pouvoir en place empêchait Faure et ses amis de dormir, parce qu’ils s’efforçaient jusque-là d’obtenir des élections sans violence et non des élections transparentes et réellement crédibles. La raison, c’est qu’après avoir obtenu ce que bien de Togolais s’accordent à appeler accord secret entre le Pouvoir et Gilchrist Olympio pour la présidentielle, Faure et ses amis ne s’attendaient pas à ce que, en dehors de l’UFC, d’autres forces puissent les empêcher d’arriver à leurs fins : une élection truquée mais acceptée.
Ainsi, le slogan « l’Alternance ou la mort, nous vaincrons » de Fulbert Attisso, Guillaume Coco, Eric Solewossi et Chéché Abobi, tous membres du MCA, ne pouvait qu’être étouffé et le plus vite possible, le Pouvoir lui-même étant sûr qu’il ne pouvait pas faire une élection propre. Il fallait trouver des subterfuges pour « mettre hors d’état de nuire » ces empêcheurs de frauder sans violence. La gendarmerie nationale avec Yark Damehane à sa tête ne fera pas les choses à moitié. Dans un premier temps, vu qu’ils avaient un temps le vent en poupe, on les menacera à travers des appels téléphoniques anonymes. On était même allé jusqu’à leur demander de rentrer dans le maquis avant le jour de l’élection. Eu égard à l’insistance des menaces, ils se feront discrets. Seul Nicodème Habia que nous avions plusieurs fois rencontré en compagnie du collègue Fulbert et qui avait la confiance de ce dernier à l’époque, saura où s’était retiré son ancien « ami ».
Depuis son lieu de détention, Fulbert Attisso ne manquait pas l’occasion de maugréer, convaincu que le tonitruant député était le traître qui avait vendu la mèche, tout comme pour l’arrestation au CESAL, un ministre AGO que les Togolais avaient vu tout sourire dans le véhicule de la gendarmerie, aurait été celui qui avait trahi les siens qui collectaient les preuves de leur victoire. En fait, ce n’étaient que des taupes au service de Gilchrist et du Pouvoir dont les autres ignoraient jusque-là le rôle. Le chef d’accusation collé au groupe des quatre à leur arrestation fut « tentative d’atteinte à la sûreté intérieur de l’Etat » et d’autres âneries à la togolaise. Pendant presque six mois, ils seront gardés à la prison de Kara sans jugement. Finalement, c’est le mercredi dernier qu’ils seront élargis. On parle de libération provisoire, mais c’est du simple chantage pour prouver que les faits étaient assez graves pour mériter si facilement libération sans jugement. Dieu seul sait que ce plan aura été longtemps peaufiné.
Après avoir réussi à diviser l’UFC et à coincer le FRAC à qui l’on refuse désormais les marches de contestation et les veillées à la bougie, on trouve que le moment est venu de tromper les Togolais avec un prétendu apaisement dans le cadre de la Commission Vérité Justice et Réconciliation qui n’aboutira pas à grand-chose au Togo, la bonne volonté des autorités étant inexistante. Après le MCA, c’est au tour de Kofi Folikpo d’être libéré hier après-midi, soit 24 heures après l’élargissement de Fulbert et coaccusés. Ça c’est pour ce qui est des arrestations politiques. Dans les prochains jours, les Togolais ne doivent pas s’étonner de voir élargi le DG de Redémarre lui aussi, dont l’épouse et la LTDH réclament instamment la libération. Pourra-t-on donc s’attendre également à la libération de Kpatcha et de ses co-détenus dans cette affaire imaginaire de tentative de coup d’Etat ? On attend de voir.
A défaut d’avoir pu obtenir une élection avec fraudes mais sans violence, à l’instar des législatives d’octobre 2007 pour tromper l’opinion internationale, Faure et sa clique ont choisi de se livrer à la stratégie de la terreur. Le point de chute sera un simulacre d’apaisement auquel le peuple assiste en ce moment par des libérations de gens arbitrairement arrêtés et détenus. Cela n’aurait-il pas été prévu comme plan depuis mars-avril et qui justifierait ces détentions et libération sans jugement ? C’est ce que nous croyons.
Alain SIMOUBA (Groupe de presse Liberte/ Togo)



