Les personnes décédées, quoiqu’en marge de la vie, sont désormais concernées par le quotidien des vivants. Les cimetières de Osu et d’Awudome à Accra étant saturés, bientôt les corps sans vie ne se verront plus taillés une place de fortune dans les cimetières mais seront simplement incinérés c'est-à-dire que leurs corps seront réduits en cendre.
En raison du manque de place dans les cimetières, le ministère chargé de l’aménagement de la ville a été contraint d'augmenter les frais d'inhumation au cimetière d’Osu de 150 à 500 Ghana cedis, soit près d'une augmentation de 300% comme une mesure visant à dissuader les gens d'enterrer leurs morts en ce lieu. Mais ironie du sort, la tendance est toujours à la hausse. Entre temps, le terrain qui servait de cimetière à Bortianor pour les enterrements de masse a été vendu aux agents développeurs et certains ont même déjà commencé en mettre en place des structures d'habitation.

Pour trouver une solution à ce problème, le directeur du Département de la Santé Publique à l'AMA, le Dr Simpson Anim Boateng, a déclaré que l’incinération des dépouilles mortelles reste la meilleure alternative. Il permettra de mettre un terme au problème récurrent de manque de place dans les cimetières, lequel se pose avec acuité. M. Boateng est toutefois préoccupé par la méthode d’incinération au Ghana car il soulève des questions sur les risques sanitaires pour les résidents. Selon lui, la combustion des corps sur un tas de bois de chauffage cause beaucoup d'inconfort, d’où la crainte des gens de ne pas s'impliquer.
Pour se faire, l'AMA est en pourparlers avec des investisseurs qui ont l'intention de mettre en place un crématorium moderne dans la ville. En tout, le système d’incinération existe dans certains pays développés et il a pour avantage faire gagner de la place pour les personnes vivantes.
Mais l’idée d’incinération des corps quoique bonne, laisse plusieurs personnes sceptiques sur cette nouvelle approche de régler la crise de manque de place dans les cimetières d’Accra. En Afrique et plus particulièrement au Ghana où l’on croit que les morts ne sont pas morts, certaines personnes n’approuvent pas totalement l’idée de l’AMA. Etant donné que les proches vont de temps en temps sur les tombes pour déposer des gerbes de fleurs et « communiquer avec leurs disparus », les détracteurs de l’incinération des corps estiment que la culture africaine ne doit pas aveuglement copier ce qui se fait en Occident. L’Afrique a ses réalités et il ne sera pas loisir de brasser les cultures au risque de rompre les liens traditionnels qui lient les gens.
Avec cette prise de position, l’on sent visiblement que certaines personnes traditionalistes auront du mal à intégrer le système d’incinération dans leurs habitudes et les autorités auront fort à faire avec des personnes qui indiscrètement refusent de réduire leurs proches en fumée et en cendre.
Carlos Amevor



