Jusqu’au 27 avril 2009, Kpatcha Gnassingbé et les autres personnes interpellées auraient toujours nié en bloc toutes les accusations portées contre eux. C’est l’arrestation d’Essozimna Gnassingbé dit Esso à Pya selon Jeune Afrique (mais plutôt au Bénin d’après nos sources), fils de Kabissa Gnassingbé, frère de feu Gnassingbé Eyadéma, ses aveux et les confrontations, qui ont permis de confondre les interpellés.
UNE OPERATION REFLECHIE MAIS IMPROVISEE:
Selon les différentes dépositions, c’est le mercredi 8 avril au soir que tout se serait joué.
Ce soir-là, Kpatcha fait venir par Esso chez lui à Kégué, le commandant Abi Atti et lui expose son projet de renverser Faure pendant son voyage en Chine en s’emparant de la radio, de la télévision et de la présidence, le tout sans effusion de sang. Puis de former un gouvernement de transition de dix-neuf membres composé de quatre militaires et de civils apolitiques, sous la houlette de l’actuel Premier Ministre, Gilbert HOUNGBO. Une structure parallèle, le « Comité national de rectification et de réconciliation » composé uniquement d’officiers et de sous-officiers, sera mis en place pour surveiller le processus qui aboutirait in fine à l’organisation d’une élection présidentielle deux ans plus tard.
Devant le scepticisme du commandant Atti face à la faisabilité de l’opération et qui se demandait si l’armée allait suivre, Kpatcha se montre convaincant. Il assure qua la seule inquiétude était la Force d’Intervention Rapide(FIR) du colonel Félix Kadanga : « pour les autres unités, il n’y aura pas de problèmes, elles sont acquises à la cause. » déclare-t-il. Il cite les officiers acquis : le commandant Amah, le capitaine Dontéma, l’adjudant chef Ougbakiti, le commandant Malibada Gnassingbé, le capitaine Bagoubadi Gnassingbé et le lieutenant Julien Gnassingbé. Il affirme également à son hôte avoir le soutien de l’ambassadrice des Etats-Unis au Togo, Patricia Mac Mahon Hawkins, qu’il aurait reçue chez lui. Enfin, il déclare à Atti qu’il sera le président de la transition. Ce serait une idée des Américains, à cause de la probité morale de cet officier de la gendarmerie.
Quelque perplexe, ces arguments auraient cependant finalement réussi à convaincre le commandant Atti, qui de toutes les façons, ne pouvait pas refuser grand-chose « à son cadet » qui l’avait beaucoup aidé dans le passé.
Pour sceller leur pacte, les conjurés auraient tous juré sur la Bible et le Coran, alors que Kpatcha et Atti rédigeaient chacun un serment mutuel de fidélité, dans lequel ils s’engagent à ne pas se trahir. Celui de Kpatcha était libellé ainsi : « Je soussigné Kpatcha Gnassingbé, m’engage solennellement devant Dieu et devant la tombe de mon père feu Gnassingbé Eyadéma à apporter tout mon concours au commandant Atti pour la mission que nous avons entreprise ensemble. »
Pour avoir « la bénédiction de ses parents et sacrifier aux ancêtres » dans cette opération, Atti recevra 1 million de FCFA pour sacrifier des bœufs.
Le samedi 11 avril, après avoir rencontré deux jours auparavant l’adjudant chef Séïdou Ougbakiti chargé d’assurer sa sécurité dès la mise en ouevre du putsch, le commandant Atti se rend de nouveau chez Kpatha où il croise le capitaine Dontéma et le général Pissang. Il sera arrêté le lendemain par les hommes de Félix Kadanga.
LES RAISONS DU PUTSCH :
Selon Esso, Kpatcha n’aurait pas digéré sa mise à l’écart du gouvernement : « depuis que le ministre Kpatcha n’a pas été reconduit au gouvernement, il n’a jamais cessé de manifester son mécontentement. Il estime avoir pris le pouvoir ensemble avec le Président Faure, mais ce dernier l’en a écarté. Régulièrement ses frères et sœurs parlent mal de Faure devant Kpatcha. Ils estiment que Faure n’a jamais voulu les aider lorsqu’ils lui rendent visite. Il ne leur donne même pas de l’argent… Presque toute la famille se plaignait. »
Kpatcha lui-même affirme que les militaires boudaient au sujet de leur mutuelle et que ça prenait une allure sérieuse.
LES SOUTIENS AU COUP D’ETAT :
Nos confrères ne citent pas de nouveaux noms, à part ceux publiés dans les journaux locaux et alors que le Procureur, un mois après, refuse toujours de donner une liste officielle et exhaustive des interpellés.
Pour autant, on apprend que Esso a donné une liste des frères et sœurs qui parlent mal de Faure (NDLR : une liste que JA n’a pas publiée) et que Kpatcha lui-même soutient catégoriquement que l’opposition n’est pas partie prenante à l’opération : « je n’en ai parlé à aucun parti politique… Chaque fois que l’UFC, Gilchrist OLYMPIO ou Kofi YAMGNANE ont tenté de m’approcher, j’en ai rendu compte au président. »
Dans la déposition de Kpatcha, il y a un passage qui démontre que toutes les zones d’ombre ne sont pas encore levées, et surtout, comme le pensent certains, que nous sommes loin d’un happy end de ce feuilleton : « je reste convaincu qu’un autre groupe voulait renverser le président de la République »
Dans la parution du 24 mai dernier, nos confrères de l’hebdomadaire Jeune Afrique reviennent sur l’affaire Kpatcha et font des révélations inédites.



