. Il y a d’un côté, ceux qui croient dur comme fer que, cette fois-ci, le doute n’est plus permis et que l’opposition, ou plus précisément, Gilchrist Olympio a déjà gagné et est confortablement installé dans le fauteuil présidentiel. De l’autre côté, il y a ceux pour qui la victoire, réelle ou proclamée de Faure ne fait aucun doute. Entre ces deux courants antagonistes, il y a tout le reste : ceux qui, par peur des violences post-électorales, ont déjà pris les dispositions pour quitter le pays ou tout simplement, se replier au village, à l’approche de la présidentielle, reflet patent de la nécessité d’une troisième voie. En attendant d’ailleurs de continuer ce débat dans nos prochaines parutions voici le deuxième volet des grands enjeux de la présidentielle 2010 !
Gil et la réalité électorale au Togo
Si, au lendemain du 28 Février 2010, Faure Gnassingbé est déclaré vainqueur, avec ou sans fraudes, de l’élection présidentielle, le premier élément qui sauterait aux yeux de tout le monde et, plus particulièrement de la communauté internationale, pour expliquer cette victoire tiendrait au fait que l’Opposition se soit présentée en rangs dispersés à cette élection tout en sachant qu’elle est à un seul tour. Tout le monde s’étonnerait alors de ce que l’opposition togolaise n’ait pas tiré les leçons de l’exemple gabonais. Comme en 1998, les forces démocratiques désunies seraient incapables d’opposer une réelle résistance à toute forfaiture du RPT appuyé par les FAT, son aile militaire de toujours. Sans compter les jeux politiques souterrains, les positionnements et jonctions opportunistes déjà planifiés et qui ne manqueraient pas de casser toute velléité contestatrice.
En dépit des virulentes critiques dont il est l’objet depuis quelques temps, Gilchrist Olympio dispose encore d’un capital popularité suffisant pour gagner la prochaine élection présidentielle dans les urnes sans avoir besoin de personne. Mais, en se référant au passé, les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, les chances de Gilchrist Olympio d’être déclaré vainqueur et surtout, d’accéder au pouvoir sont inversement proportionnelles à ses chances de gagner dans les urnes. Quoi qu’on en dise, le Président national de l’UFC reste à ce jour, la seule véritable chance de victoire de l’opposition. L’autre argument majeur qui serait alors rapidement avancé pour expliquer une éventuelle défaite de l’Opposition résiderait dans toute la campagne développée au sein même de l’UFC et de l’Opposition pour casser le mythe « Gilchrist ». Si l’on ajoute à cet argument, les grosses bourdes dont Gilchrist Olympio lui-même n’a pas été avare, le décor serait planté pour conférer une crédibilité relative à une victoire de Faure dans les urnes ou sur papier.
L’échéance de 2010 se présente pour toute l’Opposition togolaise comme une partie de « quitte ou double ». « Si l’Opposition togolaise commet l’erreur fatale de laisser Faure au pouvoir après 2010, ce serait une véritable catastrophe pour le Togo. La première chose que Faure cherchera à faire, s’il est réélu, c’est de « tuer son père » et mettre en place son propre système pour une présidence à vie. Il a été à la bonne école, n’est-ce pas ? », nous a déclaré un français, un ancien agent de haut rang de la DGSE, grand connaisseur du régime de feu Eyadéma. En rapprochant cette observation de ce que disait Faure lui-même en 2005 lorsqu’il rapportait les conseils de son défunt père qui lui recommandait de ne jamais laisser le pouvoir, au risque de ne jamais le retrouver, on comprend que l’actuel Président ne va à cette élection que pour poser les jalons d’une présidence à vie. En 2010, le seul candidat capable de constituer une véritable menace pour la « réélection » de Faure, c’est Gilchrist Olympio.
C’est pourquoi, tout le monde s’étonne que malgré cette évidence, Gilchrist Olympio fasse très peu d’effort et ne prenne aucune initiative concrète pour rassembler les forces démocratiques acquises au changement. Au sein de la classe politique togolaise et de la diaspora, beaucoup pensent que Gilchrist Olympio aurait dû être l’initiateur de cette idée de faire du prochain mandat présidentiel une vraie transition vers la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance. A défaut d’avoir pris cette initiative, il aurait dû être le premier à saisir au bond l’opportunité de cette initiative pour se rapprocher des partis et organisations qui se réclament aujourd’hui de la « 3ème voie ».
Plusieurs observateurs s’accordent à dire que l’erreur fondamentale de Gilchrist Olympio depuis toujours est de croire que nous sommes déjà en démocratie et que face à un système aussi carabiné que celui du RPT, il est possible de parvenir à l’alternance par les seules élections pluralistes. Si cela suffisait, l’Opposition et plus particulièrement lui, Gilchrist Olympio aurait accédé au pouvoir depuis 1998. En réalité, tout se passe comme si Gilchrist Olympio a peur qu’un jour, on le prenne au mot et qu’on le déclare vainqueur de l’élection présidentielle et qu’il soit obligé de prendre le pouvoir et que les Togolais se rendent à l’évidence de ses incapacités et de ses incompétences. Gilchrist Olympio n’a pas le comportement de quelqu’un qui veut accéder au pouvoir. On a l’impression que le seul objectif du Président de l’UFC, en se présentant aux élections présidentielles, est de venir faire des esclandres et de repartir dans son exil doré consolidé dans son statut d’opposant historique. Si tel n’est pas le cas, il aurait élaboré une stratégie de gagne sachant que toute victoire se trouve au bout d’une stratégie bien élaborée et non dans l’assertion olympique révolue du Baron Pierre de Coubertin à savoir « l’essentiel c’est de participer » que Gilchrist a visiblement fait sienne.
Si non, comment expliquer son refus systématique du rassemblement des forces vives, étape incontournable dans la marche vers la prise du pouvoir face à un système totalitaire par essence ? Comment expliquer son mépris viscéral pour les autres partis de l’opposition ? Gilchrist Olympio a plus de respect et de considération pour le RPT que pour l’Opposition, un parti qui n’a en réalité aucune assise populaire et qui le triche toutes les échéances électorales mais qu’il a toujours considéré comme le plus grand parti avant son propre parti UFC. Il n’a pas plus de respect et de considération pour ce peuple togolais qu’il prétend vouloir gouverner. A la fois dans ses relations avec le RPT que dans ses actes et discours politiques, l’attitude de Gilchrist Olympio frise la complicité avec l’adversaire. Les Accords conclus début Août et récemment concernant la CENI et surtout l’impasse qu’il a faite sur l’exigence d’un scrutin à deux tours ou de la limitation des mandats, constituent aux yeux de nombreux Togolais, ce qu’on peut appeler une « OVVA » (Offre Volontaire de Victoire à l’Adversaire).
-Les « transitionnistes » avec l’UFC...
Certes, Gilchrist Olympio n’a pas besoin des autres partis politiques pour gagner dans les urnes. Il ne peut en dire autant si son intention est réellement d’accéder au pouvoir. Au fil des vingt années que dure le combat à visage découvert contre la dictature du RPT, les différents partis dits « historiques », au-delà de leurs audiences respectives, petites ou grandes, se sont spécialisés. C’est ainsi que l’UFC détient la palme incontestable de la popularité. Le CAR est le seul parti politique togolais capable de se prévaloir d’un bastion électoral indéfectible. L’UDS et surtout la CDPA, malgré les scores à eux attribués par la machine électorale RPT jouissent d’un respect au sein de l’opposition car ils sont détenteurs d’un savoir-faire avéré. La mise en commun de ces compétences a toujours su créer une synergie qui a toujours suscité l’adhésion populaire et la jonction naturelle avec les organisations de masse et de la société civile. Nombre de Togolais se demandent pourquoi, alors, ce qui a été possible en 2005 ne peut l’être en 2009 ? La faute à Gilchrist Olympio, répondent sans hésiter les autres partis.
Selon les propos d’un responsable de l’Opposition dite radicale, « Gilchrist Olympio ne veut pas des partenaires, il veut des ralliés. Or, il y a aujourd’hui, au sein de la classe politique et de l’opinion, une quasi unanimité pour reconnaître que Gilchrist Olympio a fait son temps et que, face à un RPT en mutation, il faut passer la main à la nouvelle génération ». C’est en réalité, une façon élégante de dire à Gilchrist Olympio que sa candidature dans le contexte togolais, pose problème. A ceux qui ne veulent pas de lui, Gilchrist Olympio répondrait volontiers : « si ce n’est pas moi, je préfère encore que Faure reste au pouvoir ». Ce ton égocentrique n’est pas nouveau. Déjà en 1993, à une délégation de Chefs traditionnels qui étaient allés lui demander de donner sa caution au candidat du COD II, Gilchrist Olympio avait répondu : « si c’est Edem Kodjo, je préfère que Eyadéma reste au pouvoir, le temps que je réorganise mon combat ». Sans compter que Gilchrist Olympio n’est pas homme à se laisser imposer une quelconque plateforme politique et encore moins à partager quelque pouvoir avec qui que ce soit. En 2007, Patrick Lawson qui croyait naïvement que l’UFC disposait déjà de la majorité parlementaire à l’issue des législatives, déclarait sur les médias que l’UFC gouvernerait seule en cas de victoire aux législatives. Les dernières déclarations de Gilchrist Olympio sont à peu près du même acabit. « Ceux qui le veulent, peuvent se joindre à moi ; ceux qui ne veulent pas, peuvent aller avec le RPT », a martelé dans ses interventions sur Radio France Internationale. Donc ralliement oui, Partenariat, non.
Dans ces conditions, quels avantages politiques auraient les partisans de la « 3ème voie » à s’aligner derrière Gilchrist Olympio, un candidat qui passe son temps à les mépriser, à les dénigrer et à les marginaliser ? Pour Gilchrist Olympio, il n’y aurait que deux partis politiques au Togo : le RPT et l’UFC. Le seul avantage que tireraient les partisans de la « 3ème voie » d’un soutien à la candidature de Gilchrist Olympio, serait une certaine forme d’intégrité politique vis-à-vis de l’électorat dans la perspective des élections locales et des élections législatives de 2012 au plus tard. Sachant cependant que, comme en 2005, quels que soient les résultats de l’élection présidentielle, en cas de négociations avec le RPT, Gilchrist Olympio n’aurait aucun scrupule à ignorer l’existence de ceux qui auront été ses « ralliés ». De toute évidence, le risque pour la « 3ème voie » de disparaître purement et simplement après l’élection présidentielle est très grand si elle devait s’aligner derrière Gilchrist Olympio dans le cadre d’un ralliement pur et simple. La seule consolation pour les partisans de la « 3ème voie » serait, dans ce cas, la garantie de « mourir intègres ».
-...ou avec le RPT
Depuis la rencontre « historique » d’Abuja le 25 Avril 2005 entre Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé et les négociations ouvertes ou secrètes pour un partage du pouvoir entre le RPT et l’UFC, aucun parti politique de l’opposition togolaise, UFC y compris, ne fait plus d’un partage du pouvoir avec le RPT, un tabou. La tentation peut alors, être forte chez certains partis de sauter le pas pour 2010 en concluant avec Faure, un partenariat exigeant sur la base d’un Accord Politique de Transition en vue d’asseoir la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance. Certes au niveau de « Forum de la semaine » nous n’obligeons personne à épouser nos points de vue qui restent et demeurent des propositions et des apports des analystes indépendants. Mais nous seront ravis si des formations politiques dans notre pays prennent en compte ces propositions pour les positiver. Cela serait profitable pour tout le Togo entier. Dans la troisième partie de ce dossier, nous nous attellerons à l’analyse détaillée des contours et des risques politiques liés à une telle option, pour les partis qui veulent incarner « la 3ème voie » et pour le combat des Togolais pour la démocratie, la liberté et la justice.
Dimas DZIKODO




