Le colonel Letondot vient de tomber. M. Kofi Yamgnane a demandé le rappel immédiat de l’officier auprès des autorités françaises et l’a obtenu.
Selon un communiqué AFP en effet :
« L’officier français qui avait invectivé mardi un photographe de presse togolais est "rappelé immédiatement" à Paris et se voit infliger une sanction disciplinaire de dix jours d’arrêt, a annoncé vendredi le ministère français des Affaires étrangères. »
Autres temps, autres mœurs ?
Au petit matin du 13 janvier 1963 à Lomé tomba le Président Sylvanus Olympio, assassiné lors d’un coup d’Etat, alors qu’un autre officier français, le commandant Maîtrier, encadrait les forces de sécurité togolaises. Un officier qui par ailleurs venait de faire ses « preuves » auparavant au Cameroun en d’autres temps forts de l’élimination des patriotes africains. Les autoroutes de l’information n’existaient malheureusement pas à l’époque.
Ci-après, la lettre de M. Kofi Yamgnane aux ministres français de la Défense et des Affaires étrangères.
« Monsieur le Ministre,
Je viens vous entretenir de la situation créée au Togo, mon pays d’origine, à la suite du comportement incompréhensible de la part d’un officier de l’armée française en pays étranger, situation aggravée par les communiqués du gouvernement français.
J’ai longtemps voulu croire que la France -selon ses propres affirmations maintes fois répétées- n’était en rien impliquée dans la situation sociopolitique chaotique qui prévaut au Togo depuis plus de 40 ans : dictature sanglante, assassinats politiques, impunité, mépris des droits de l’homme, inexistence d’un Etat de droit, omniprésence et omnipuissance de l’armée...
Les images tournées, les paroles enregistrées lors d’une manifestation contre l’interdiction faite à un parti politique légalement constitué de tenir son congrès , révèlent une implication manifeste de la France . En effet, comment expliquer la présence et le comportement de M. Romuald Letondot, colonel de l’armée française, au milieu des manifestants, en tenue militaire, menaçant un journaliste togolais dans un tutoiement si méprisant, spécialité des colonialistes des temps nouveaux, les temps si décriés de la fameuse françafique ? Qu’avait-il donc à cacher de si compromettant ou de si répréhensible pour en être à exiger avec tant de violence que le journaliste détruise des photos de lui au milieu des manifestants ?
Votre communiqué sur cette affaire est surprenant : comment pouvez-vous, niant les faits, affirmer que la présence de votre agent sur les lieux était « fortuite » alors que lui-même revendique d’être reconnu comme conseiller spécial du chef d’état major de l’armée de terre togolaise et prêt à donner l’ordre d’attaque à la garde présidentielle, « pour mettre de l’ordre là-dedans » ?
Pensez-vous que les seules excuses que vous demandez à votre agent de présenter au journaliste suffisent à apaiser la colère de tout un peuple qui ne veut plus être méprisé ?
Ne pensez-vous pas que par son comportement, le colonel Letondot a déshonoré l’uniforme de l’armée de la République et qu’il doit, pour cela, être immédiatement rapatrié pour s’expliquer devant sa hiérarchie ?
Je vous remercie de votre réponse et vous prie d’accepter mes salutations les plus cordiales. »
Paris, le 12 août 2010.
Kofi Yamgnane
Ancien Ministre
Le Togo au bord de l’explosion. La France prise la main dans le sac à Lomé.
L’affaire fait grand bruit au Togo et est abondamment commentée dans les journaux français, notamment, l’Express et le Nouvel Observateur : un militaire français, sur les lieux d’un rassemblement de l’opposition togolaise à Lomé s’en est pris, sans retenue, à un journaliste. Le péché de ce dernier? C’est de prendre des photos pour son organe. Et notre français de laisser libre cours, comme ne le ferait jamais un togolais en France, à son animosité
: "Tu sais qui je suis? Je suis le conseiller du chef d'Etat major de l'armée de terre. Tu veux que j'appelle le RCGP (Régiment des Commandos de la Garde Présidentielle, ndlr) pour foutre un peu d'ordre là-dedans? Alors, je demande d'enlever les photos. Est-ce que c'est compliqué?" Eh oui! notre « militaire blanc » envoyé par la France pour protéger et conseiller la dictature militaire togolaise se croit au zoo de Vincennes, sinon en terrain conquis. Les témoins de la divagation autoritaire du « superman » français ont dû se demander s’ils sont citoyens d’un pays souverain et independant, s’ils ont le droit de vivre, libres, chez eux.
Les togolais, dans leur vaste majorité, ont toujours accusé la France, de servir de caution au régime tortionnaire des Gnassingbés totalement rejeté, contre les forces vives qui veulent ardemment son erradication. L’Elysée, par le Quai d’Orsay, la coopération militaire et une certaine presse interposées, a toujours été de connivence avec les dirigeants togolais aux mains sales, infréquentables et particulièrement corrompus. Le militaire français visiblement en mission commandée, en donnant publiquement l’ordre à des gendarmes togolais de faire pleuvoir des coups de matraque sur la tête du journaliste, n’a fait qu’extérioriser la main tutélaire colonisatrice que son pays maintient sur le Togo, par le financement, l’entretien et la coordination de la machine de répression policière.
Les coopérants français, militaires et civiles – il faut les voir à Lomé – bénéficient de passe-droits, intouchables. Tels des maîtres absolus, ils n’ont aucun égard pour le commun des nationaux et sont craints. Quelques heures après les menaces du militaire français, les togolais seront sidérés de découvrir un communiqué offensant, rendu public par l’Ambassadeur de France au Togo, relativement à cet incident grave "Le véhicule d'un Officier français, membre de la mission de coopération militaire, qui se trouvait fortuitement aux abords d'un rassemblement, a fait aujourd'hui l'objet de jets de pierres. Après avoir signalé les faits au détachement de Gendarmerie qui se trouvait à proximité, l'Officier n'a pas souhaité qu'un photographe fasse une prise de vues." Que cherche ce « gendarme blanc » dans cette « marée humaine noire » qui s’est déferlée sur le quartier Nyékonakpoè où devrait se tenir le congrès convoqué par le bureau national de l’UFC sous la houlette de Jean-Pierre Fabre ? Lorsqu’on lit entre les lignes, on est doublement frustré de constater que pour le diplomate français, la voiture de son compatriote gendarme (certainement un délateur du régime) vaut plus que la vie du journaliste du quotidien « Liberté », Agbédivlo Komi, alias Didier Ledoux. Soit dit en passant, Agbédivlo, en langue locale du Sud-Togo signifie : la vie banalisée.
Evidemment, les vies humaines sont sans importance pour le régime RPT qui, avec la complicité de l’Elysée et d’affairistes français de tout poil ( Charles Debbasch en est le meilleur spécimen), a bazardé la république en étouffant le désir du peuple de vivre, lui aussi, sous un système démocratique , tolérant et compétent. Forcément, la lutte que mène ce peuple brimé et chosifié depuis des décennies pour se libérer des jougs de la mafieuse triangulaire France-RPT-Olympio, est devenue, à cause justement de l’intrusion insupportable du virus colonial français (Françafrique), une Lutte de Libération Nationale.
Le pouvoir de débauche et de répression de Faure Gnassingbé qui triomphe insolemment dans la défaite du droit et de la simple probité morale est défendu, dans l’ombre, par toute les fripouilles de l’hexagone en quête d’enrichissement illicite. Telle est la triste vérité. Elle est effroyable et restera, pour la France, celle de Droite surtout, une souillure historique. Le Togo, il y a seulement quelques semaines, a été classé dernier, dans le monde, par l’Institut américain « Gallup » en matière de qualité de vie. Au-delà de la responsabilité première qui incombe aux gouvernants, cette pietre posture est aussi un échec cinglant de la coopération française dont on voit à peine les retombées bénéfiques dans le pays. Les togolais ne se cachent plus pour le dire : « la famille et le parti de l’ancien tyran, Eyadéma, ont livré le Togo en re-colonisation à la France qui, sous prétexte de faux projets de développement, finance les fraudes électorales et les matériels de répressions policières».
Assassinats politiques ( plus de mille tués en 2005 ), vague d’exils politiques ( 1 togolais sur 5 vit à l’étranger), arrestations arbitraires ( si Francois Boko l’a échappé belle à Cotonou, le suisse d’origine togolaise Koffi Folikpo n’a pu échapper au kidnapping en plein Lomé), mises sous scellés intempestives de partis politiques adverses, emprisonnements pour délit d’opinion, voilà, tout compte fait, le bilan largement négatif de la coopération Franco-togolaise. Les responsables de cette addition toxique, Faure Gnassingbé en tête, ne veulent pas que la lumière se fasse sur les crimes; Quant aux survivants de ce qu’il convient d’appeler une campagne d’extermination des partisans de l’opposition, ils se disent prêts à donner leur vie pour qu'elle soit faite.Ce sont là des choses indicibles, dangereuses et capables de mettre le Togo en flammes.
En faisant obstruction à un journaliste de faire son travail, le militaire français veut empêcher que n’apparaisse, dans la presse, la nature brutale du régime qu’il est envoyé à lomé pour protéger. C’est la France qui se voit ainsi prise en fraglant délit d’un honteux étouffement de la liberté d’expression, gage de la démocratie. Seulement – Emile Zola ne nous démentirait pas – quand on enferme la vérité sous terre, elle s'y amasse, elle y prend une force telle d'explosion, que le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. Comme partout et toujours, la vérite, irrésistible, ne pourra être confinée indéfiniment. Les togolais savent, à peu près, comment, un jour, l’orage va éclater. On verra bien, plus tard, si la France n’a pas préparé au Togo, le plus retentissant des désastres, après celui du Rwanda dont elle accusée d’être le boutefeu.
Kodjo Epou
Journaliste
Washington DC, USA




