mardi, 31 mars 2015 19:00

10 JOURS POUR AMUSER LA GALERIE, MAIS AUSSI 10 JOURS POUR RÉUSSIR L'IMPOSSIBLE Featured

Written by Bassirou AYÉVA
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Un des acteurs de première heure de la lutte pour l'éradication de la dictature du père, l'ex- Coordinateur général du M05 (Mouvement Patriotique du 5 Octobre,) Bassirou Ayéva, rompt le silence devant ce qu'il appelle "la mascarade électorale..." qui se prépare. Pour lui, le report de 10 jours a été accepté par le régime pour amuser la galerie. Mais l'opposition a maintenant le devoir d'en profiter pour réussir l'impossible...

Ainsi, pour „faire bien“ le régime togolais a cédé une parcelle de sa souveraineté. Quel effort? Il s'est fait violence en acceptant de reporter les „élections“ de dix jours, conformément à la proposition émise par le Président Ghanéen M. John Mahama Dramani et ce malgré les gesticulations d’un certain ministre Gilbert Bawara. En réalité, au regard de la volonté morbide du système à se maintenir vaille que vaille, et si possible à vie, on peut se demander à quoi serviront les 10 jours? Est-ce pour accéder enfin aux revendications de l’opposition, à savoir faire les réformes institutionnelles et constitutionnelles, se pencher sur l’audit du fichier électoral…? Nous ne le croyons pas. Sans être un prophète de mauvais augure, nous affirmons que les 10 jours ne serviront à rien. Les dix jours ont été concédés pour bluffer la communauté internationale, et lui donner une preuve supplémentaire de son écoute, de sa coopération de sa volonté d’organiser des „ élections propres et apaisées “.

Or, nous le savons tous, il n’a jamais traversé l’esprit du Prince héritier Faure Gnassingbé d’accepter un scrutin auquel il sera déclaré perdant. Une élection présidentielle doit être remportée par l’héritier du Trône. Il n’est donc pas question de créer les conditions d’une consultation équitable, transparente, réellement ouverte et juste. Le régime est conscient de son impopularité et ne veut se hasarder à creuser sa tombe même s’il parle d’élections libres et sereines.  
Justement parlons d’élections dans notre pays. Dans la forme, tout, nous disons bien tout, ressemble à un processus électoral ordinaire, comme on en voit dans les pays occidentaux et même dans certains pays africains qui ont réellement épousé  la démocratie et ses règles. Pour le décor, il y a des urnes, des bulletins de vote, une onéreuse campagne, des soi-disant projets de sociétés, une Ceni pour garantir une organisation supposée équitable et une cour constitutionnelle pour arbitrer, dire le droit à la saveur du régime. Puis il y a des candidats de l’opposition, - certains cooptés ou fabriqués et sponsorisés par le système - et de rares sincères et bien sûr une date.
Dans le fond, c’est une parodie, une mascarade, une comédie, un faire-semblant et cela, tous les Togolais le savent, à commencer par les candidats dits de l’opposition. Aussi bien ceux qui sont de service que ceux qui sont sincères savent que tout est verrouillé. En effet, quel est ce Togolais qui doute de la „victoire“ quasi certaine du Prince, de l’héritier du trône? Qui, à commencer par les candidats et tous ceux  qui sur le terrain ou dans la Diaspora disent combattre au nom du peuple, ne sait pas qu’on a beau aller aux élections, on a beau mobiliser les forces du changement, la proclamation des résultats ne tiendra nullement compte de l’expression des populations en faveur de l‘alternance. Faure Gnassingbé sera déclaré vainqueur.
Le Togo, notre pays a cessé depuis d’être un État normal, une République. Depuis, il s’est mué en monarchie même s’il exhibe, tant que ça l’arrange, les attributs de la République. Le Togo est devenu une dynastie et le souci principal du Prince régent est son maintien au pouvoir. Il n’est donc pas étonnant que ce pouvoir clanique, familial n’accepte pas de faire des réformes qui creuseront son tombeau.

Avant le fameux conseil des ministres qui fait écho à la requête du Président de la CEDEAO, ces derniers jours, tout et son contraire a été dit  par les leaders politiques de tout poils et de tout bords. Patiemment et avec beaucoup de recul nous avons parcouru ces interviews audio, vidéos ou écrites. Il y en a qui ont fait sourire et même rire. À tous les coups nous nous sommes exclamés: pauvre peuple togolais, qu’as-tu fait pour mériter cette fortune? Le scénario qui se déroule sous nos yeux est plus qu’un remake. Nous l’avons maintes fois vécu et maintes fois subi. D’où la question: si libérer ce peuple pris en otage par le système RPT/ UNIR est vraiment la raison pour laquelle beaucoup de nos compatriotes se sont engagés en politique, si restaurer la République et tourner la page du népotisme reste le ferment de ceux qui ont opté pour la lutte, pourquoi ne trouvent-ils pas les ressources nécessaires pour mettre fin au régime, surtout que les rapports de forces restent en faveur d’un régime qui a privatisé les richesses nationales.
Des élections n’engendreront pas l’alternance au Togo surtout si l’opposition y va en rangs dispersés. Ce n’est pas du fatalisme. Notre problème au Togo est que, chacun à son niveau, a contribué depuis le règne du père, d’une manière ou d’une autre, à incruster dans la tête des Gnassingbé que seule leur lignée peut conduire les destinées de notre Nation. Autour du Prince ne se trouvent que des femmes et des hommes qui  lui fredonnent  les mélodies qu’il veut bien entendre et qui renforce sa conviction d’être né pour diriger. Il nous appartient individuellement et collectivement de nous réveiller afin de démolir cet état d’esprit, et d’amener le Prince à ne pas se considérer comme un élu de Dieu… Il nous faut défaire l’imaginaire, l’obsession du Prince et de sa cour à vouloir absolument conserver le pouvoir. Il n’est pas encore trop tard. L’opposition peut encore se racheter.

Les 10 jours de report peuvent ou doivent nous amener à une ultime prise de conscience. Nous devrons répondre à cette question: boycotter ou participer à ces élections perdues d’avance eu égard à la configuration actuelle? Cette question paraît être une énigme, une équation à plusieurs inconnues. L’opposition présente quatre candidats. Cela aurait démontré la vitalité de la démocratie togolaise si nous avions déjà accédé à l’alternance et restauré la République. Prenons les quatre candidats au mot. Tous se présentent pour les changements clament-ils. Mais tous ne sont pas de la même étoffe. Chacun sait ce qu’il pèse en réalité. Au vue de la situation politique au Togo, et quelque soit les soutiens internes et externes du régime ainsi que l’activation de ses machines à fraudes, la participation d’une armée politisée et partisane, le suffrage populaire sera en faveur de l’opposition. Mais d’une opposition unie.  
Ainsi, au cas où l’opposition tiendrait  à participer à cette farce électorale du 25 avril,  les 10 jours de report, concédés pour amuser la galerie, doivent permettre à nos quatre candidats de mutualiser leurs forces en s’alignant derrière celui qui a le plus de chance de l’emporter. Qu’on le veuille ou non, Jean-Pierre Fabre est actuellement celui-là. Il jouit d’une popularité à faire trembler le système. Tous les candidats qui se sont présentés sous l’étiquette de l’opposition devraient se rallier à sa candidature afin de créer un dynamique, de multiplier les chances de l’opposition à l’emporter malgré les tricheries. Les partisans du boycott et tout se réclament des forces du changement, doivent faire le pari de réussir l’impossible. Quelque soit ce que nous divise, ce que nous reprochons aux uns et aux autres, l’éradication du cette gangrène qui hypothèque l’avenir de notre pays doit amener à accepter de taire nos égos. Dans la vie et surtout en politique, il y a des sacrifices que l’on peut s’imposer pour sauver une cause, un peuple, le libérer. Il ne s’agit pas de choisir un „rassembleur“, mais de positionner un homme qui mobilise.
Le temps a fait son travail. Le contexte national et international a changé. Le paysage politique togolais s’est recomposé. Les anciens leaders se sont éclipsés. Gilchrist Olympio s’est politiquement suicidé. Edem Kodjo s’est reconverti, même s’il reste en service auprès du Prince. La voix de Me Agboyibor est devenue quasi inaudible. Une nouvelle génération de leaders a éclos. Malheureusement elle aussi porte les germes de guéguerres  des anciens. Le rendez-vous du 25 avril 2015 passe pour être celui de la dernière chance. Aussi invitons-nous, tous les leaders politiques, les leaders d’opinion, ceux de la société civile, des organisations de la société civile à faire le pari de l’impossible.
Car la génération présente a un devoir de résultat. Elle dispose d'une riche expérience à la fois amère et sanglante de plus de 20 ans de lutte. Elle doit réussir là où ses aînés ont échoué. Et 10 jours suffisent pour se donner les moyens du succès. Il faut reprendre langue.

10 jours suffisent pour s’adonner dans un premier temps à un profond examen de conscience. Pour redonner espoir aux populations désabusées. Pour se souvenir de tous ces martyrs tombés sur la route de la lutte. 10 jours suffisent pour permettre au Pr Guogué, à Me Tchassona, à M. Gerry Tama et à Jean Pierre Fabre de démontrer qu’ils partagent effectivement les mêmes motivations. Celles de bouter hors du pouvoir un régime qui paupérise la société togolaise et qui n’a que faire du respect des droits des travailleurs, ni de ceux des hommes.  
Le peuple togolais bénéficie d’un sursis pour faire ou non, basculer son destin dans le bon sens. Ceux qui se sont permis de confisquer sa parole et de parler en son nom sont au pied du mur. Se battent-ils réellement pour l’avènement de l’alternance? Sont-ils réellement prêts à se sacrifier, sacrifier leur intérêt égoïste pour voir pointer une aube nouvelle sur notre terre? Il leur revient de répondre courageusement à cette question. L’engagement politique s’étant chez nous depuis mué en fonds de commerce, nous avons plus que jamais l’occasion de rassurer ce peuple qui a parfois l’impression de vivre une malédiction.
Nos quatre candidats ont donc 10 jours pour rassurer, remobiliser et redonner espoir à un peuple qui sous la dynastie Gnassingbé n’a cessé de se demander de quoi sera fait demain?
Nos quatre candidats ont 10 jours pour se donner les moyens de la victoire du peuple ou pour refuser de légitimer la victoire programmée d’un héritier…C’est l’appel auquel ceux dont les cartes de visites portent déjà „…candidat à l’élection présidentielle 2015“ devrait donner un écho favorable. Historique. Mais quelles que soient les résultats qui sortiront de ces urnes pipées d'avance, les tenants du pouvoir doivent savoir qu'aucun peuple n'acceptera d'être éternellement infantilisé, chosifiée.

Bassirou AYÉVA

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