lundi, 01 octobre 2012 21:41

Benin: Affaire Canal 3-Ortb: le gouvernement livre les secrets de l’enquête

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Ce samedi 29 septembre, le ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique, Benoit Dègla et le commissaire central d’Abomey-Calavi, Atchou Didier étaient sur le plateau de la télévision nationale (Ortb) pour partager avec l’opinion « le bilan d’étape » des enquêtes en cours dans le dossier Ortb-Canal3 et Bell Benin.

 

Cette affaire mettant aux prises la télévision privée Canal 3 et celle de service public l’Ortb depuis bientôt deux semaines. Cette affaire dans laquelle la chaîne privée est accusée d’avoir «fait frauduleusement usage» du site de l’Ortb d’Abomey-Calavi a déjà occasionné la mise hors tension de Canal 3 Bénin. Et ce samedi, sur le plateau de l’édition du soir du journal télévisé, pendant environ 15 minutes, le ministre Dègla et le commissaire Atchou, ont à travers un exercice de questions – réponses fait le point de toutes les démarches menées dans le cadre de ce dossier. Les déclarations (dont nous publions ci-dessous l’intégralité) des deux personnalités sont venues conforter le directeur général de l’Ortb dans sa position : « Canal 3 est fautif». D’abord le commissaire central.

 

 

Après un rappel des faits, il reviendra point par point sur les différentes actions menées par la commission d’enquête dont il est le superviseur. Il conclut qu’il s’agit d’un rapport d’étape et compte rendu sera fait « aux autorités hiérarchiques, administratives et judiciaires.» Ensuite le ministre Dègla. Selon ses explications, la supposée dette de Bell Bénin envers l’Ortb est passée de 71 millions à 8 milliards. « C’était 71 millions, mais fouillant, on découvre que c’est plus de 8 milliards aujourd’hui ». Il a ajouté que « Nous sommes partis d’une affaire de déconnexion qui nous amène à découvrir tout cela». Des observateurs avertis du droit n’apprécient pas l’exercice auquel le ministre et le commissaire se sont livrés ce samedi. Ce type d’exercice ne devrait pas se faire quand une enquête est en cours ou l’affaire pendante devant les tribunaux. Mais l’élément a été rediffusé deux fois sur les écrans de la télévision nationale. Sans que l’on ait encore la version de l’autre partie.
Léonce Gamaï

 

L’intégralité des explications du commissaire central de Calavi et du ministre de l’Intérieur

 

Benoit Dègla, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique

« Aujourd’hui, le gouvernement reste dans la logique de la résolution rapide de ce problème. Mais il y a des préalables. C’est quoi en fait ? Parce qu’il y a un contrat qui lie Bell-Benin à l’Ortb. A la date d’aujourd’hui et où n’a pas les relèvés à notre possession ; Bell-Bénin doit 71 millions à l’Ortb. Et vous savez les difficultés dans lesquelles se trouve l’Office. Il n’y a pas que ça. Bell Benin doit également à d’autres structures de l’Etat. Je veux parler, par exemple, de Bénin télécom S.A. Nous savons que de 2OO6 à aujourd’hui, il y a une ardoise de 5,6 milliards que doit Bell Benin. Et pour tout début de résolution Bell bénin n’a payé que 5O millions de franc Cfa la semaine dernière. Vous comprenez donc que dans ces conditions on a l’impression qu’il n’a aucune volonté de régler ses dettes. J’ai envie de demander mais pourquoi est-ce qu’on a laissé Bell Benin traîner aussi autant? Les responsabilités seront situées parce que nous sommes allés voir un peu ce que constitue cette affaire Bell Benin et l’Ortb. Il y a beaucoup de choses, il se trouve aujourd’hui que canal 3 a ses installations branchées, ses matériels branchés sur les installations de l’Ortb. Cela a un coût parce que ces installations de l’Ortb sont achetées avec l’argent du contribuable.

 

 

Canal 3 s’en est servi depuis des années. ça un coût, il faudrait évaluer, il faudrait auditer. Je remonte toujours à Bell Bénin. Bell Bénin dès sa création a bénéficié des facilités à la suite d’un arrêté ministériel signé par quelqu’un qui aujourd’hui se prend pour un donneur de leçons. Bell Bénin avait l’exclusivité des appels par Gsm à l’international. Je donne un exemple. Lorsque vous appelez la France, la facturation frappe Bénin Télécom et non Bell Bénin. Enfin, il va falloir évaluer ça aussi. Nous sommes partis d’une affaire de déconnexion qui nous emmène à découvrir tout cela. Vous comprenez, il s’agit de la même structure. C’était 71 millions, mais fouillant, on découvre que c’est plus de 8 milliards aujourd’hui. Nous sommes 9 millions de Béninois et si chaque Béninois devrait devoir un tel montant à l’Etat béninois, c’est 7 2 milles fois le budget de notre pays. Vous comprenez qu’un gouvernement responsable ne peut pas fermer les yeux sur ça. Le même promoteur qui a des activités au niveau du port, il y a plus de 3 milliards qu’il doit. Nous avons des besoins énormes. L’Ortb n’arrive pas à payer la Sbee (Société béninoise d’énergie électrique).

 

 

L’Ortb a du mal à payer ses fonctionnaires. Je pense que c’est un combat collectif. Nous avons besoin n’est-ce pas de la compréhension de tout le peuple béninois. Dans cette affaire, il n’y a rien de politique. Il y a un conflit qui oppose deux opérateurs : l’Ortb et Bell Bénin et aujourd’hui Canal 3 Bénin. Nous avons besoin d’un climat d’apaisement. Mais il faudrait quand même que ce qui est dû soit payé. Ces matériels de Canal 3 qui se retrouvent aujourd’hui sur le site de l’Ortb, il faut que les responsables de Bell Bénin et Canal 3 affichent une volonté à honorer les engagements qu’ils ont pris il y a très longtemps. C’est l’enquête qui va nous situer. Il y aura des inventaires. Vous savez la connexion sur la fibre optique également, c’est énormément d’argent. Je vous informe que quand le président de la république est revenu des Etats-Unis ce matin, il a été accueilli à l’aéroport par le président de la Boad qui lui a rappelé l’ardoise de l’Opt (Office des postes et télécommunications) au sujet de la fibre optique. Cette fibre optique, vous savez très bien comment elle est installée. Les 30 milliards qui se sont volatilisés, on reviendra sur ces dossiers.

 

 

Transcription : Sidoine Avadji & Joël Tchogbé (Stags)



Didier Atchou, Commissaire central de Calavi

 

« Rappel: le jeudi 20 Septembre, suite à la mise hors tension des équipements de Canal3-Bénin sur le site relais d’Abomey-Calavi, l’ORTB a fait procéder par constat d’huissier aux constatations des équipements de Canal 3 Bénin implantés dans des conteneurs de Bell Bénin. BB-Com ayant un contrat régulier avec l’ORTB. On a noté la disparition d’un indicateur et de deux(02) amplificateurs le 22 septembre 2012 sur le site d’Abomey-Calavi. Ces matériels appartenaient à Canal 3 Bénin. C’était des matériels répertoriés par l’huissier lors de son premier constat. BB-com a le même promoteur que Canal 3 Bénin. Les conteneurs de BB-com ont abrité les matériels de Canal 3 à Abomey-Calavi à l’insu des autorités de l’Ortb. Descendue sur le terrain le 23 septembre 2012, la commission d’enquête a constaté la disparition de ces trois matériels.

 

 

Bell Benin a voulu remplacer le gardien qui était de service au moment des faits d’enlèvement des matériels. La commission a voulu interpeller le gardien, mais comme son remplaçant était déjà là il n’y a plus eu de problème. Dimanche 23 septembre 2012, jusqu’à 19 heures, le directeur technique de l’Ortb a eu à contacter le chef service technique de Canal 3 Bénin pour savoir qui est venu enlever les matériels et qu’en est-il de l’auteur de l’acte. Le chef service technique de Canal 3 a dit qu’il ne sait pas qui a pris les matériels et que ce n’est pas lui. Après interrogatoire le lundi 24, le chef service technique de Canal a avoué que c’était lui qui avait pris, par mesure de sécurité, les trois matériels qui étaient en vrac. Nous avons procédé à la libération du gardien entre temps retenus par nos agents. Il est dans les mains du superviseur général des sites de Bell Bénin.

 

 

Avec le consentement du chef service technique de Canal 3, nous avons ramené les matériels sur le site pour voir si les références prélevées sur les matériels avant l’enlèvement sont conformes à celles qui seront prélevées après enlèvement. Un huissier d’Opj et un huissier expert en télécommunication de Bénin Télécom nous ont assisté en présence des directeurs techniques de l’Ortb et de Canal 3. On a procédé à l’analyse. Il s’est révélé que deux de ces matériels ont été substitués, ne faisaient pas partie des matériels constatés par l’huissier lors de son premier passage. Le chef service technique de Canal 3 a avoué qu’il a substitué deux de ces matériels. Il a dit qu’il a installé les appareils substitués sur le site de Menontin pour permettre à Canal 3 Bénin de continuer à émettre depuis le samedi dernier (samedi 22 septembre, Ndlr). Nous avons repris ces équipements installées et leurs références étaient celles prélevées par l’huissier au départ.

 

 

L’Ortb n’a aucun contrat avec Canal 3 Bénin pour abriter ses équipements sur le site d’Abomey-Calavi. L’Ortb a un contrat avec BBCOM. Aucune preuve n’a été révélée par Canal 3 pour démentir les déclarations du Dg (Directeur général) et du DT (Directeur technique)/Ortb. C’est un rapport d’étape, nous allons rendre compte aux autorités hiérarchiques, administratives et judiciaires.»

 

 

Comment la police est instrumentalisée par le pouvoir



Jamais deux sans trois. La présence du commissaire central d’Abomey- Calavi sur le plateau de l’Ortb ce samedi pour vulgariser « un bilan d’étape » alors que les enquêtes sont encore en cours est le troisième cas qui vient montrer comment le gouvernement Yayi instrumentalise la police. On se rappelle le cas Patrice Talon. Au début de la crise du coton, cet homme d’affaires béninois est gardé à vue pendant plus de 24 heures au commissariat central de Cotonou. Il a été mis en garde à vue pour une affaire de plusieurs milliards dans laquelle serait impliquée une structure du secteur coton dont il est l’un des responsables. Présenté au procureur, il est relaxé pour compléments d’enquêtes.

 

 

La comparution reportée a été repoussée pour le même motif. Pourtant en lieu et place du commissariat central, la brigade économique et financière était plus compétente, selon des observateurs. Le troisième cas est celui de Lionel Agbo. Il a été gardé à vue dans ce même commissariat central de Cotonou pendant 11 heures pour «diffamation et offense au chef de l’Etat ». Pourtant en la matière la procédure est connue et toute tracée par la loi. Il s’agit de la citation directe et la police n’a rien à y faire.

 

La Nouvelle Tribune

 

 

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